〈The Aesthetic of Hidden Sensuality〉
A young beautiful woman
Your waterfall-like black long hair
drifts out of the window
Your eyeballs and a whole row of dentures
follow it away
Your saliva, like silkworm threads being spun,
is sticky and viscous
You forget the passage
we were just talking about
On the table,
your black coffee has gone cold
A milk-white narcissus
blooms hazily inside the coffee cup
You show me your middle finger
and make a face at me
Mocking me as
a pretentious literary intellectual
Across the street,
a homeless old man wearing a woman's dress
and a tight skirt
Holds a Winnie-the-Pooh bear in his arms
Behind him trails a long tail
With more than ten metal cans
blossoming upon it like flowers
Clinking and clanging,
he drifts past the traffic lights
in a very Baroque manner
I cannot help laughing aloud,
thinking of the infertile Baudelaire
The hidden sensual aesthetics
inside Les Fleurs du Mal
A graceful mature woman
Floats past the window
with the elegance of a water lily
The smile at the corner of your mouth
feels rather mischievous
The straw inside your cup
keeps snoring
The creamer gradually dissolves,
murmuring in its dreams
Releasing the milky fragrance
of springtime desire
It sounds more ambiguous
than the romantic fantasies
you write about
Those harmless verses
about wind, flowers, snow, and moonlight…
〈L’esthétique de la sensualité cachée〉
Une jeune et belle femme
Tes longs cheveux noirs
comme une cascade obscure
flottent au-delà de la fenêtre
Tes globes oculaires
et toute une rangée de fausses dents
partent avec eux
Ta salive, semblable aux fils de soie
d’un ver à soie en train de tisser,
est visqueuse et collante
Tu oublies le passage
dont nous venions de parler
Sur la table,
ton café noir est devenu froid
Dans la tasse de café
s’épanouit dans un halo flou
un narcisse couleur crème fraîche
Tu me montres ton majeur
et tu fais une grimace
Te moquant de moi,
me traitant d’intellectuel littéraire
faussement sérieux
De l’autre côté de la rue,
un vieux sans-abri portant une robe de femme
et une jupe étroite
Serre dans ses bras
un ours Winnie l’ourson
Derrière lui traîne
une longue queue
Sur laquelle fleurissent
plus d’une dizaine de boîtes métalliques
Cling ! Clang !
Elle traverse le carrefour des feux rouges
en flottant d’une manière très baroque
Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire,
en pensant au Baudelaire infertile
À l’esthétique sensuelle et secrète
des Fleurs du mal
Une femme mûre
à l’allure élégante
Passe devant la fenêtre
avec la grâce d’un nénuphar
Le sourire au coin de tes lèvres
semble quelque peu espiègle
La paille dans ton verre
continue de ronfler
La crème à café se dissout lentement,
en parlant dans ses rêves
Diffusant un parfum lacté
où flotte le désir printanier
Cela semble plus ambigu
que les rêveries romantiques
Ces vers sans véritable importance
que tu écris sur le vent, les fleurs, la neige et la lune…