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Chapitre IILa forme parallèle (I) : le parallélisme La forme sous laquelle les combinaisons d’images se présentent le plus fréquemment comprend, dans l’ordre, la forme de liaison successive, fondée sur la causalité, comme dans la reprise en tête et la gradation, la forme de contraste et de juxtaposition, comme dans le parallélisme antithétique et le parallélisme, ainsi que la forme croisée et décalée, comme dans les phrases analogues. Parmi celles-ci, la forme de contraste et de juxtaposition est celle qui possède le plus fortement une beauté formelle et rythmique. Selon leur mode de combinaison, les formes parallèles se divisent en deux catégories : (1) l’alignement parallèle et juxtaposé des groupes de mots, des syntagmes et des phrases, c’est-à-dire le « parallélisme » ; (2) l’énumération successive de structures attributives ayant pour noyau un nom, c’est-à-dire la « juxtaposition nominale ». Première section — Le parallélisme I. Définition et fonction du parallélisme « Le parallélisme est un procédé rhétorique qui consiste à disposer en série trois ou plusieurs syntagmes, phrases ou paragraphes présentant une structure identique ou similaire et un même ton, afin d’exprimer des contenus similaires ou apparentés. » 1 « Le parallélisme consiste à disposer trois ou plusieurs groupes de mots, phrases ou paragraphes dont la structure est similaire, dont le ton est homogène et dont le sens est apparenté, afin de renforcer l’élan du discours et d’approfondir l’émotion. » 2 Du fait que les mêmes structures phrastiques réapparaissent à plusieurs reprises, elles produisent une impression d’abondance, d’animation et de progression graduelle. Elles permettent non seulement d’exposer avec force les principes d’une idée, mais aussi de faire ressortir le contenu que l’on souhaite exprimer. Le parallélisme constitue précisément un moyen d’expression et de transmission du sens doté d’une grande beauté formelle. Lorsqu’on utilise, avec régularité et ordre, la technique du parallélisme pour raconter des faits, décrire des paysages ou exprimer des sentiments, les choses et les situations peuvent être présentées successivement, du superficiel au profond, du proche au lointain, de l’étroit au vaste, du petit au grand. Cette technique ne produit pas seulement une beauté fondée sur la gradation et les différents niveaux, mais possède également les effets rythmiques de la répétition et de la gradation. Elle permet en même temps d’enrichir le contenu et d’exprimer le thème de manière plus approfondie et plus complète. L’auteur considère que le parallélisme présente les caractéristiques suivantes : (1) une structure phrastique régulière, équilibrée et harmonieuse ; (2) une organisation claire dans l’expression des sentiments et dans l’explication des idées ; (3) un rythme phrastique harmonieux, doté d’une qualité mélodique ; (4) la capacité à « renforcer la force du texte et à élargir sa signification ». 3 Le parallélisme se distingue de l’antithèse. Le parallélisme au sens large ne requiert ni un nombre égal de caractères, ni une correspondance rigoureuse entre les tons plats et obliques, ni une identité de catégorie grammaticale. Le parallélisme étudie la rhétorique de la « répétition des idées », tandis que l’antithèse étudie la rhétorique de la « correspondance formelle », en accordant de l’importance à la similitude de la structure grammaticale ainsi qu’à la similitude ou à l’opposition des termes. Le parallélisme se distingue également de la répétition. La répétition consiste à reprendre les mêmes caractères, mots ou phrases, tandis que le parallélisme consiste à présenter plusieurs ensembles d’images. II. Origine et évolution historiques du parallélisme La figure rhétorique du « parallélisme » possède une origine ancienne et une longue tradition. Elle est abondamment utilisée dans le Livre des Odes, en particulier dans les « Chants des pays », qui sont de nature populaire et locale. On en trouve de nombreux exemples, notamment dans « Le Loriot de Qin », « Comme il est tard de Bei », « La vaste Han de Zhou Nan », « La robe du jeune homme de Zheng », et « Les roseaux de Qin ». Ces chants populaires locaux possèdent chacun une structure formelle privilégiée, c’est-à-dire un type de phrase ou une forme syntaxique commune, mais certains mots ou certaines phrases subissent de légères variations : « Les roseaux de Qin » Les roseaux sont d’un vert profond, Les roseaux sont d’un vert luxuriant, Les roseaux sont abondants, « Les roseaux » est un chant populaire de l’État de Qin. Il s’agit d’un poème d’amour qui décrit avec une grande vérité, une grande complexité et une grande émotion les pensées et les sentiments d’un amoureux éperdument attaché à celle qu’il aime. « Le poème “Les roseaux” possède au plus haut degré la profonde subtilité propre aux chants populaires. » 4 Cela tient précisément au fait que, dans « Les roseaux », « lorsqu’il exprime les sentiments, ses paroles pénètrent le cœur et l’esprit ; lorsqu’il décrit le paysage, il ouvre nécessairement les yeux et les oreilles ; ses paroles sortent spontanément de la bouche, sans aucune affectation ni artifice. » 5 Sur le plan de la forme, les chants populaires possèdent les caractéristiques du « style des chants et des ballades » et recourent généralement à des « formes syntaxiques disposées en série » telles que le parallélisme. En particulier, chaque strophe exige une « structure identique, un ton similaire et un contenu apparenté », afin de répondre aux exigences mélodiques de la « reprise cyclique et répétée ». L’ensemble du poème utilise le procédé du chevauchement des strophes et du chant répété, c’est-à-dire le « parallélisme des paragraphes », afin de renforcer l’ampleur et l’intensité de l’expression lyrique et d’achever ainsi l’expression du thème. Le « parallélisme » est largement utilisé dans les poèmes, les paroles de chansons, les rhapsodies et la prose parallèle qui mettent l’accent sur le rythme. À travers les différentes dynasties, on trouve de nombreuses œuvres remarquables qui l’emploient, comme dans le Chant de Mulan des Yuefu de la dynastie Han : Au marché de l’Est, elle achète un cheval rapide ; À l’aube, elle fait ses adieux à ses parents et part ; À l’aube, elle quitte le fleuve Jaune ; Les quatre premiers vers présentent un « parallélisme juxtaposé », tandis que les deux dernières strophes constituent des phrases en correspondance entre les parties successives. On peut également citer : « Ainsi, l’automne se présente de la manière suivante : sa couleur est désolée, la brume s’étend et les nuages se dissipent ; son aspect est limpide, le ciel est haut et le soleil resplendit ; son souffle est glacial et mordant, il pénètre jusqu’à la peau et aux os ; son intention est désolée, les montagnes et les cours d’eau sont silencieux. » (Ouyang Xiu, dynastie des Song du Nord, Rhapsodie sur le son de l’automne) Dans ces passages, les quatre phrases « sa couleur… ; son aspect… ; son souffle… ; son apparence… » présentent une structure parfaitement régulière. Les images s’empilent couche après couche, comme des vagues successives qui déferlent les unes après les autres, produisant un rythme particulièrement puissant. Il s’agit là encore d’un emploi de la structure phrastique parallèle. Deuxième section — L’esthétique formelle du parallélisme I. Fondements de la beauté formelle Les caractéristiques du « parallélisme » sont les suivantes : (1) Par nature, il consiste en une énumération successive de syntagmes ou de phrases, et non en une répétition des phrases, comme dans la répétition, ni en une simple juxtaposition de phrases, comme dans l’antithèse. (2) Sur le plan formel, il doit être constitué d’au moins trois groupes de mots, syntagmes ou phrases. (3) Les groupes de mots, syntagmes ou phrases ainsi disposés successivement doivent présenter une structure identique ou similaire. (4) Les groupes de mots, syntagmes ou phrases ainsi disposés successivement doivent présenter un ton homogène. « L’unité dans la diversité » et « la différenciation du commun » constituent les fondements esthétiques de la figure du « parallélisme ». 6 Ma Ruichao explique : « L’unité dans la diversité signifie que l’objet esthétique doit, d’une part, posséder une unité distincte et, d’autre part, être constitué d’éléments multiples et variés. L’unité et la diversité ne sont pas deux aspects simplement juxtaposés l’un à l’autre ; l’unité existe au sein des éléments divers et en intègre les différentes parties. L’unité est une unité de la diversité, tandis que la diversité est une différenciation de l’unité, permettant à l’unité et à la diversité de s’unir organiquement en un tout. » 7 Quant à la « différenciation du commun », elle signifie que le « parallélisme » est constitué de trois groupes de mots, syntagmes ou phrases ou davantage. D’une part, ces éléments ne peuvent pas employer exactement les mêmes mots ; ils possèdent donc une « diversité ». Ce n’est qu’en présence de cette diversité qu’une « différenciation » est possible. D’autre part, ils doivent impérativement respecter les conditions d’une « structure identique » et d’un « sens proche ». C’est cela qui constitue leur « unité », c’est-à-dire le « commun » qui existe entre les différents éléments. Le parallélisme se déploie sous la forme de structures phrastiques parallèles. La « similitude de la structure grammaticale » constitue le « commun », tandis que les « concepts similaires ou apparentés dans leur signification expressive » constituent la « différenciation du commun ». Le concept de diversité propre à la « différenciation » est ainsi unifié dans une structure grammaticale identique. II. Effets esthétiques du parallélisme Lorsqu’on utilise le parallélisme pour exposer une idée, on obtient un effet de clarté et d’organisation ; lorsqu’on l’utilise pour exprimer des sentiments, le rythme devient harmonieux et l’émotion paraît abondante et débordante ; lorsqu’on l’utilise pour raconter des événements ou décrire des paysages, il permet d’obtenir une organisation claire des différents niveaux, une description minutieuse et des images vivantes. Dans le domaine de la poésie et des textes versifiés, les chercheurs considèrent que le parallélisme produit notamment les effets suivants : (1) sur le plan de l’expression du sens, il rend la signification plus forte et permet à l’élan du texte de se déployer de manière continue ; (2) sur le plan de la prononciation, il donne à la forme une plus grande régularité et renforce fortement la sensation de rythme et de cadence. 8 Troisième section — La structure formelle du parallélisme « Lorsque trois ou plusieurs énoncés présentant une structure similaire, un ton homogène et un nombre de caractères à peu près égal expriment des images appartenant au même domaine ou de même nature, on parle de parallélisme. » 9 « Lorsque toute une série de choses appartenant au même domaine et possédant une même nature sont exprimées successivement, élément après élément, au moyen de groupes de mots ou de phrases présentant une structure identique et un sens proche, il en résulte un parallélisme. » 10 À partir des définitions et explications données par les chercheurs à propos du « parallélisme », on peut dégager les conditions formelles suivantes : (1) trois énoncés ou davantage ; (2) une structure phrastique similaire ; (3) un ton homogène ; (4) un nombre de caractères à peu près égal ; (5) l’expression d’images appartenant au même domaine ou de même nature. Ces cinq conditions peuvent être ramenées à six aspects : le « nombre de phrases », le « type de phrase », le « ton », le « nombre de caractères », le « choix des mots » et le « sens du texte ». Les cinq premiers aspects sont liés à la forme extérieure, tandis que le dernier concerne le contenu. Les explications proposées par les différents chercheurs sont, dans l’ensemble, très similaires ; seules les notions de « nombre de phrases » et de « sens du texte » présentent quelques divergences. L’auteur analysera en détail ces différences dans les paragraphes suivants, lorsqu’il examinera la distinction entre le « parallélisme » et l’« antithèse ». L’auteur estime que la fonction rhétorique du « parallélisme » peut être étudiée sous trois aspects : I. Sur le plan formel La forme de la « syntaxe parallèle » possède en elle-même une qualité d’« alignement », de « succession » ou de « progression » des images. L’apparence formelle du parallélisme possède également une « dimension graphique ». Le poème graphique de Lin Heng-tai, « Paysage : n° 2 », en constitue précisément un exemple, puisqu’il est construit au moyen du « parallélisme » : « Paysage n° 2 » À l’extérieur cependant la mer cependant la mer Zhang Hanliang présente ainsi ce poème : « “Paysage” utilise la répétition ou la disposition parallèle des vers et des termes-images pour créer d’innombrables superpositions de paysages spatiaux. “Paysage II” emploie des mots simples et des images épurées, mais l’auteur transforme ces images simples, grâce à un traitement particulier de la structure phrastique, en un ordre spatial aux niveaux infinis. » 11 II. Sur le plan sémantique La disposition de plusieurs phrases rend la structure plus compacte. Sur le plan du sens, ces phrases peuvent présenter soit une juxtaposition d’éléments de même nature, soit une succession continue, soit une progression graduelle. Les niveaux sont clairement différenciés et la signification devient complexe, riche et abondante. La structure parallèle peut efficacement réguler les phrases plus ou moins longues du poème moderne, former une régularité locale et concentrer l’attention du lecteur. III. Sur le plan rythmique Puisque les différents éléments du parallélisme possèdent une structure phrastique, c’est-à-dire grammaticale, identique, que leur vocabulaire est similaire, que leur longueur est proche et que leur forme est comparable, les structures similaires se répètent et tournent en écho sur le plan rythmique. Lorsqu’elles sont récitées ou chantées, le ton s’intensifie progressivement, produisant une beauté harmonieuse. Dans les premiers chants populaires du Livre des Odes, notamment les « Chants des pays », cette forme est largement employée afin de répondre à l’exigence de répétition cyclique et rythmique propre au style des chants et des ballades. C’est précisément là que réside sa fonction. Les structures phrastiques similaires font tendre la longueur, la brièveté, la rapidité et la lenteur des différents éléments du parallélisme vers une même régularité. Les syllabes correspondantes présentent également la même légèreté ou la même accentuation, et les mêmes « termes introducteurs » sont employés. Les temps forts et les temps faibles de chaque phrase forment ainsi des répétitions régulières, produisant une sensation rythmique particulièrement nette. Quatrième section — Les formes d’expression du parallélisme Après une longue évolution, la figure rhétorique du « parallélisme » a donné naissance à diverses formes d’expression. Selon les classifications proposées par les différents chercheurs, elles se divisent principalement en deux catégories : (1) Selon la structure formelle : « parallélisme des syntagmes » (parallélisme des groupes de mots), « parallélisme des phrases simples », « parallélisme des phrases complexes » et « parallélisme des paragraphes ». (2) Selon les relations sémantiques : « parallélisme juxtaposé », « parallélisme successif » et « parallélisme progressif ». Ces deux principes de classification possèdent chacun leurs propres caractéristiques. I. Classification selon la structure formelle (I) Le parallélisme des syntagmes Il est également appelé « parallélisme des groupes de mots » ou « parallélisme des constituants de phrase ». Le parallélisme des syntagmes désigne la disposition successive de trois syntagmes ou davantage, présentant une structure identique et un ton apparenté. Ces syntagmes disposés successivement sont, du point de vue de leurs éléments constitutifs, des « groupes de mots ». Ya Xian — « Sensation du grand large » 12 Le vertige se cache dans les assiettes de la salle à manger du navire, se cache dans le jacquier et l’esturgeon, se cache dans les lèvres décolorées Le temps Pendule. Balançoire. Cheval de bois. Berceau. Le temps Ce passage décrit la situation des passagers d’un paquebot naviguant sur la mer et souffrant du mal de mer. Les trois phrases introduites par « se cache » constituent une structure de parallélisme successif. Viennent ensuite quatre images nominales : « assiettes », « esturgeon », « jacquier » et « lèvres ». Dans la strophe suivante, les quatre noms constitués de groupes de mots attributifs — « pendule », « balançoire », « cheval de bois » et « berceau » — forment quant à eux un parallélisme de groupes de mots. Bien que les différentes images concrètes soient différentes, elles expriment toutes le sentiment d’instabilité et d’errance produit par de longues années de navigation en mer et font écho à la sensation de vertige évoquée précédemment. Ces deux groupes d’images concrètes dessinent clairement la vie des marins travaillant à bord d’un paquebot et décrivent les réactions physiques d’inconfort éprouvées par les passagers au cours d’un long voyage en mer. Ye Weilian — « Le son de l’éclosion des fleurs » 13 Est-ce donc le son Le son de la descente Le son du soleil Toi, tu es précisément ton propre lever, qui superpose la mer et le ciel. Dans cette strophe, les trois syntagmes « le son de la descente », « le son du soleil » et « le son de l’éclosion des fleurs » sont disposés selon une forme de « succession sémantique ». Il s’agit donc d’un « parallélisme des syntagmes », et également d’un « parallélisme successif ». Yu Guangzhong — « Bain de feu » 14 Paon blanc, cygne, grue, vêtements blancs, éventail blanc, le temps s’est arrêté, au milieu reposent les sages et les ermites. Toujours en mouvement, toujours la flamme ardente, purifiant les fautes des guerriers, le sang des guerriers. Alors, âme, comment devrais-tu choisir ? Choisis-tu le plus froid parmi le froid Choisis-tu la mer de glace Ô âme pure, tu demeures toujours impure. Que tu te baignes dans la glace Tout cela est un accomplissement désirable, le bain de feu est plus désirable, Le feu est plus transparent que l’eau, Ô feu, porte de la vie éternelle, « Bain de feu » est l’une des œuvres importantes de la première période du poète Yu Guangzhong. Dans ce passage, « paon blanc, cygne, grue, vêtements blancs, éventail blanc / le temps s’est arrêté, au milieu reposent les sages et les ermites », le paon blanc, le cygne, la grue, les vêtements blancs et l’éventail blanc sont énumérés successivement. L’auteur utilise intentionnellement cinq objets de couleur « blanche » afin de créer une atmosphère de « pureté ». « Alors, âme, comment devrais-tu choisir ? / Choisis-tu le plus froid parmi le froid ou le plus chaud parmi le chaud ? / Choisis la mer de glace ou choisis le soleil » : le plus froid parmi le froid, le plus chaud parmi le chaud, la mer de glace et le soleil, avec l’alternance des images du froid et du chaud, constituent également un parallélisme de groupes de mots. (II) Le parallélisme des phrases simples Le parallélisme des phrases simples désigne la disposition successive de trois phrases simples ou davantage, présentant une structure similaire, un ton identique et un contenu apparenté. « Pour qu’il y ait parallélisme, chacune des phrases qui le composent doit être une phrase simple. Les phrases simples parallèles comportent généralement peu de caractères, sont courtes, possèdent des syllabes brèves et produisent un effet énergique et puissant. » 15 Shang Qin — « L’hypnose lointaine » 16 Garder le son, garder la nuit, garder les oiseaux, garder toi, garder la guerre, garder la mort. Je te garde dans la nuit. Garder l’image, garder toi, garder la vitesse, garder la nuit, garder l’ombre, garder le noir. Je te garde dans la nuit. Garder la solitude, garder la nuit, garder la distance, garder toi, garder la nuit dans la nuit. Je te garde dans la nuit. Ces trois strophes présentent une forme parfaitement régulière et n’utilisent que deux structures syntaxiques communes : « garder □□, garder □ » et « je te garde dans la nuit ». Dans chaque strophe, les trois premiers vers utilisent la structure « garder □□, garder □ », ce qui relève du « parallélisme des phrases ». Quant à « Je te garde dans la nuit », placé à la fin de chacune des strophes, il relève de la « répétition espacée entre les paragraphes », c’est-à-dire des « phrases analogues », ou encore du « parallélisme entre les paragraphes ». Cette structure parallèle n’est pas seulement régulière et esthétiquement harmonieuse sur le plan formel ; son rythme est également parfaitement uniforme. Son défaut est toutefois de risquer de devenir monotone et rigide. Luo Fu — « Lire Du Fu dans le véhicule » 17 Une étape de montagne, une étape d’eau, étreignant le soleil, étreignant les fleurs, étreignant le ciel, étreignant les oiseaux, étreignant le printemps et les rots de vin, se mettre en route. Une étape de pluie, une étape de neige, étreignant le fleuve, étreignant le bateau, étreignant le petit chemin, étreignant la voiture, étreignant la timidité à l’approche du pays natal, se mettre en route. Ce passage combine et imbrique deux catégories de « parallélisme des phrases simples ». La première est « □ une étape, □ une étape » ; la seconde est « étreignant □□, étreignant □ ». Afin d’éviter que la forme parallèle ne devienne trop régulière et n’entraîne une rigidité rythmique, l’auteur introduit intentionnellement une variation dans le troisième vers des deux groupes de parallélismes syntagmatiques, ce qui correspond à l’« extension et contraction du corps du texte » dans la figure du « décalage de structure ». Dans ces vers, le poète Luo Fu imite l’état de joie et l’excitation débordante de Du Fu et de son épouse lorsqu’ils voyagent en bateau et en voiture depuis le Sichuan, traversant les Trois Gorges pour entrer dans le Hubei. Il adopte la forme du parallélisme afin de donner aux vers une forte plénitude rythmique. Zhang Cuo — « Rendre hommage à la forêt des stèles » 18 Plus de trois mille tablettes de pierre, forment une tradition spirituelle que les années ne peuvent effacer. C’est là la source profonde de la transmission de l’art de la calligraphie : droites, carrées et rigoureuses, les écritures officielles et sigillaires, traits de fer et crochets d’argent, écritures courantes et cursives, force et caractère, écriture maigre de Jin. Et bien sûr, les gravures sur pierre et les portraits sculptés le rhinocéros mythique, massif et bonhomme, le lion accroupi, puissant et majestueux, le bodhisattva, empreint de compassion, le Vieux Seigneur, paisible et serein, et, bien sûr, les six chevaux rapides du mausolée de Zhaoling. Dans ces vers, deux groupes de « parallélismes » sont disposés successivement. Tous deux relèvent, par leur nature, du « parallélisme des phrases simples » et du « parallélisme juxtaposé » spontané. Le premier groupe — « droites, carrées et rigoureuses, les écritures officielles et sigillaires / traits de fer et crochets d’argent, écritures courantes et cursives / force et caractère, écriture maigre de Jin » — consiste en une énumération juxtaposée de différents styles calligraphiques. Le second groupe — « le rhinocéros mythique, massif et bonhomme / le lion accroupi, puissant et majestueux / le bodhisattva, empreint de compassion / le Vieux Seigneur, paisible et serein » — constitue un parallélisme d’images concrètes. (III) Le parallélisme des phrases complexes « Pour constituer un parallélisme, les phrases doivent être des phrases complexes, et chaque phrase complexe doit appartenir au même type. Les phrases complexes parallèles, du fait qu’elles sont longues tout en demeurant relativement régulières, produisent à la lecture des variations de rythme, avec des montées et des descentes, des expansions et des resserrements librement modulés. » 19 Zhang Mo — « Debout un instant au pavillon Païyun » 20 Une montagne plus montagne que l’autre, sinueuse, une pierre plus pierre que l’autre, élevée, un arbre plus arbre que l’autre, luxuriant, une crête plus crête que l’autre, profonde et retirée. Ah ! Tout ce qui ne peut être contemplé jusqu’au bout, jetez-le entièrement dans le ciel bleu, sans rien laisser. Ou bien, ce sont les ombres des nuages et des brumes, Ce court poème, « Debout un instant au pavillon Païyun », constitue un exemple typique de l’emploi du « parallélisme ». Dans la première strophe, les quatre phrases complexes sont disposées successivement selon une progression allant du grand vers le petit, constituant ainsi un « parallélisme de phrases complexes ». La structure phrastique commune est « une □ plus une □, ※※ », où □ représente un nom et ※※ un adjectif. Dans le premier vers de la dernière strophe, « Ah ! Tout ce qui ne peut être contemplé jusqu’au bout, tout ce qui ne peut être brisé, tout ce qui ne peut être embrassé », l’auteur utilise en revanche un « parallélisme de groupes de mots », en disposant successivement des groupes verbaux complétés. La structure commune est « ◎ ne peut * être », où ◎ est un verbe employé comme prédicat et * un adverbe employé comme complément. L’auteur appelle cette forme un « parallélisme de type phrastique simple », car, du point de vue du sens, cette phrase peut être décomposée en trois phrases parallèles. Yu Guangzhong — « La nuit est comme un filet » 21 Sais-tu comment vient la nuit brumeuse et indistincte ? De la mer ? De la terre ? Du vent ? L’immense filet du ciel, si large, ne laisse rien échapper. La main qui jette le filet le déploie à partir du néant. Sais-tu comment il est déployé et comment il est ramené ? Regarde, au pied de la pente, cette ligne oblique de pins à longue feuille, aux cheveux et à la barbe touffus, dans leur attitude à contre-jour, de plus en plus ambiguë, et de plus en plus indistincte. La longue fenêtre tournée vers la mer est justement sur le point de dire que le crépuscule est arrivé, quand soudain elle change de couleur et dit : la nuit est arrivée. Elle dit : le filet gris et brumeux du ciel ne laisse rien échapper, ses mailles fines et ses trous serrés sont en train de se refermer. Peu importe où tu te trouves, sur quelque péninsule au bout du monde, dans quelque bâtiment au bout de la terre. « Les lumières de pêche sur la mer », « les réverbères sur la terre » et « les oiseaux retournant au nid dans le vent » sont trois phrases complexes disposées étroitement les unes à la suite des autres sous forme de parallélisme. Leur « structure phrastique commune » est : « De □□ ? Un □□□ après un □□□ ? » Grâce à cette structure commune, elles produisent un effet rythmique polyphonique de « reprises chantées et de chants superposés ». Entre ces trois groupes d’images, le mouvement « de la mer » → « de la terre » → « du vent » présente une progression allant de la mer extérieure vers l’intérieur des terres. Sur le plan sémantique, elles entretiennent donc une relation de succession et constituent en même temps un « parallélisme successif ». (IV) Le parallélisme des paragraphes Le parallélisme des paragraphes désigne la présence, dans un article ou dans un poème, de trois paragraphes ou davantage, présentant une structure identique, un ton similaire et un contenu apparenté, disposés en parallèle. « Le parallélisme des paragraphes possède les caractéristiques suivantes : chaque phrase complexe appartient au même type. Les phrases complexes parallèles, du fait qu’elles sont longues tout en demeurant relativement régulières, produisent à la lecture des variations de rythme, avec des montées et des descentes, des expansions et des resserrements librement modulés. » 22 Yu Guangzhong — « Quatre rythmes de la nostalgie » 23 Donne-moi une louche d’eau du Yangtsé, ô eau du Yangtsé, une eau du Yangtsé semblable au vin, la saveur de l’ivresse est la saveur de la nostalgie. Donne-moi une louche d’eau du Yangtsé, ô eau du Yangtsé. Donne-moi une fleur rouge de pommetier, ô rouge de pommetier, un rouge de pommetier semblable au sang, la douleur brûlante du sang en ébullition est la douleur brûlante de la nostalgie. Donne-moi une fleur rouge de pommetier, ô rouge de pommetier. Donne-moi un morceau de neige blanche, ô blancheur de la neige, une blancheur de neige semblable à la confiance, l’attente d’une lettre de la famille est l’attente de la nostalgie. Donne-moi un morceau de neige blanche, ô blancheur de la neige. Donne-moi une fleur de prunier d’hiver parfumée, ô parfum de prunier d’hiver, un parfum de prunier d’hiver semblable à celui d’une mère, le parfum d’une mère est le parfum de la terre natale. Donne-moi une fleur de prunier d’hiver parfumée, ô parfum de prunier d’hiver. « Quatre rythmes de la nostalgie » est un exemple typique de « style des chants et des ballades ». Afin de répondre aux besoins de la répétition cyclique de la mélodie, le style des chants et des ballades utilise fréquemment, sur le plan formel, le « parallélisme des paragraphes ». Les caractéristiques du « style des chants et des ballades » comprennent : (1) le nombre de vers et le nombre de caractères dans les différents paragraphes sont réguliers et uniformes ; (2) chaque vers possède le même nombre de syllabes ; (3) les rimes finales des vers sont identiques ou proches ; (4) la structure grammaticale est identique ; (5) le ton de chaque vers est similaire ; (6) les différents paragraphes entretiennent entre eux une relation sémantique, qu’elle soit de juxtaposition, de succession ou de progression. Le poète Yu Guangzhong a peut-être été inspiré par les poètes de « l’école de la métrique » des années 1930. Ses œuvres poétiques comportent en effet de nombreux textes relevant du « style des chants et des ballades » et possédant une « métrique », tels que « Nostalgie » et le présent poème. « L’école de la métrique » a été influencée par la poésie régulière occidentale et, sur le plan du contenu, accordait une place essentielle à l’expression lyrique, avec une tonalité romantique. Sur le plan de la forme artistique, elle recherchait la beauté musicale des sonorités, du rythme et de la métrique ; elle accordait également de l’importance à la beauté formelle produite par la régularité des phrases, la richesse des expressions et l’harmonie des sonorités. Elle attachait une importance particulière à la « régularité des strophes dans les vers » et à la « régularité des phrases dans les paragraphes ». C’est pourquoi cette poésie fut également considérée comme une « poésie en blocs » ou une « poésie en morceaux de tofu ». Parmi les poètes célèbres figurent Xu Zhimo, Wen Yiduo, Zhu Xiang et Feng Zhi, ainsi que les poètes qui furent plus tard désignés comme appartenant à « l’école du Croissant de lune ». Dans « Quatre rythmes de la nostalgie », non seulement la structure grammaticale de chaque strophe est identique, mais le ton est également similaire et le contenu apparenté. Les rimes finales sont identiques à l’intérieur d’une même strophe. Lorsqu’il est récité ou chanté, le mouvement mélodique répétitif et cyclique ne diffère guère de celui des paroles de chansons populaires ; toutefois, l’atmosphère poétique est manifestement beaucoup plus profonde. C’est précisément l’effet musical que possède, sur le plan formel, le « parallélisme des paragraphes ». II. Classification selon les relations sémantiques (I) Le parallélisme juxtaposé Les différents éléments du parallélisme sont, du point de vue du sens, disposés sur un même plan et en parallèle. « Dans le langage, toute technique rhétorique qui consiste à exprimer successivement, au moyen de structures syntaxiques similaires, des phénomènes appartenant à une même nature et à un même domaine constitue un parallélisme. » 24 « Dans le parallélisme juxtaposé, les différents éléments représentent des choses appartenant au même domaine et de même nature ; leurs relations reposent principalement sur des associations fondées sur la similitude et sur des associations fondées sur le contraste. » 25 Autrement dit, la « juxtaposition » propre au parallélisme juxtaposé est elle-même aléatoire et libre. On peut l’observer dans l’exemple poétique suivant : Zheng Chouyu — « La petite rivière » 26 Qui a recueilli les larmes qui a recueilli les larmes qui a recueilli les larmes qui a recueilli les larmes ô petite rivière, me voici aujourd’hui, et moi, sans larmes, je repose à tes côtés. Les quatre groupes d’images — « le général vaincu au combat », « le marchand égaré », « le fonctionnaire exilé au loin » et « le soldat de garnison en fuite » — apparaissent successivement sous une forme de « juxtaposition » aléatoire. La relation entre eux n’est qu’une énumération parallèle. L’ordre dans lequel ils apparaissent peut être librement modifié sans affecter le sens originel. Leur « structure phrastique commune » est : « qui a recueilli les larmes de □□ de □□ ». Gao Dapeng, « Tirer l’épée » 27 Au crépuscule, tant de vents chargés de tristesse. Je tire l’épée et pars par la porte de l’est. Je tire l’épée et pars par la porte de l’ouest. Je tire l’épée et pars par la porte du sud. Je tire l’épée et pars par la porte du nord. Ce poème de Gao Dapeng, « Tirer l’épée », puise son allusion littéraire dans « La marche du moineau jaune dans les champs » de Cao Zijian. Le poème original est le suivant : « Les grands arbres sont souvent traversés de vents plaintifs, Le « recours aux allusions classiques » a déjà été classé par les spécialistes chinois de la rhétorique parmi les « figures de style ». Ces quatre phrases parallèles commençant par « Je tire l’épée » sont considérées par l’auteur comme relevant du « parallélisme juxtaposé ». Elles présentent une forme analogue à celle de l’extrait précédemment cité du « Chant de Mulan » : « Au marché de l’est, j’achète un cheval fougueux ; au marché de l’ouest, j’achète une selle et un tapis de selle ; au marché du sud, j’achète une bride ; au marché du nord, j’achète un long fouet. » Les quatre « termes désignant les directions » — est, ouest, sud et nord — ne sont en réalité soumis à aucun ordre de succession nécessaire. Autrement dit, leur ordre de combinaison peut être librement modifié sans que cela porte atteinte au sens originel du poème. II. Le parallélisme successif Le sens de chaque élément parallèle s’inscrit dans la continuité du précédent ; ils se succèdent selon un ordre déterminé et entretiennent entre eux une relation logique, formant une impression de progression par niveaux, telle une vague qui en entraîne une autre. Leurs liens reposent le plus souvent sur l’association par contiguïté. L’association par contiguïté est l’association mentale produite par des choses qui sont proches les unes des autres dans le temps ou dans l’espace. Walisi Yugan, « La pluie tombe sur les toits du village » 28 Je vois la pluie tomber sur les toits du village, les élèves de l’école primaire vont bientôt porter leur cartable pour aller à l’école, et devenir les amis de tous les enfants de Taïwan ; la nouvelle génération découvre ses bras robustes, et serre la main de tous les jeunes de l’île ; les adultes d’âge mûr laissent transparaître dans leur regard une tendresse humide, comme tous les pères et toutes les mères de l’île, aimant leurs enfants de toute la chaleur de leur sang et de leur sueur. Je sais que cette pluie traverse rapidement le village, portant avec elle des teintes de sérénité et de fraîcheur, franchissant chaque village, franchissant chaque ville, franchissant le visage de chaque habitant de l’île, franchissant chaque cœur lumineux. Je vois l’île se fondre rapidement, chaque visage de couleur différente, chaque bouche parlant une langue différente, se fondre rapidement, rapidement — comme des frères qui dansent de joie sous la pluie, comme de bons amis qui avancent main dans la main sous la pluie, lorsque les gouttes de pluie dissolvent les rancœurs du cœur, lorsque les gouttes de pluie effacent la haine née de l’opposition, je vois la pluie tomber sur les toits du village, traverser les villes, les foules… et se rassembler sur la terre de l’île pour former un immense et très pur, très ancien sentiment, que nous appelons amour. Dans ce poème, le poète taïyal Walisi Yugan exprime le souhait que les différents groupes ethniques de l’île œuvrent ensemble à éliminer les oppositions entre communautés, à résoudre les contradictions et à apaiser les conflits. Le poème emploie successivement trois groupes de « parallélismes » afin de renforcer le rythme, d’ordonner les différents niveaux des images et de présenter clairement l’argumentation. Ces trois groupes sont les suivants : « élèves de l’école primaire, nouvelle génération, adultes d’âge mûr », dont les significations se succèdent ; il s’agit, par nature, d’un « parallélisme successif » ; « franchir les villages, les villes, chaque visage, les cœurs lumineux », dont la signification s’approfondit progressivement et qui relève donc du « parallélisme progressif » ; « dissoudre les rancœurs, effacer la haine, anéantir les fouets », qui relève également du « parallélisme progressif ». Yu Guangzhong, « Nostalgie » 29 Quand j’étais petit, la nostalgie était un tout petit timbre-poste, j’étais ici, ma mère était là-bas. En grandissant, la nostalgie était un billet de bateau étroit, j’étais ici, ma jeune épouse était là-bas. Plus tard, la nostalgie était une tombe basse, j’étais dehors, ma mère, elle, était dedans. Et maintenant, la nostalgie est un détroit peu profond, je suis ici, le continent est là-bas. Ce poème constitue un exemple typique de « parallélisme successif », dans lequel trois lignes principales s’entrecroisent : (1) dans le temps, la progression suit l’ordre « quand j’étais petit — en grandissant — plus tard — et maintenant » ; (2) dans l’espace, elle se développe successivement de « partir étudier loin de chez soi — séjourner dans une terre étrangère tout en ayant son pays natal dans le cœur — être séparé de l’être aimé par la vie et par la mort — se regarder à travers le détroit » ; (3) dans les relations familiales, la relation entre le poète et sa mère évolue également successivement de « correspondre par lettres — prendre le bateau pour rentrer chez soi et lui rendre visite — être séparés à jamais par la mort — être séparés entre deux rives, l’une derrière le rideau de fer et l’autre dans une terre de liberté ». Ce poème recourt au « parallélisme successif » et développe successivement son expression selon trois dimensions — le temps, l’espace et les liens affectifs. Les images sont ainsi nettes et sensibles, tandis que les structures phrastiques communes sont toutes régulières et équilibrées, donnant également à chaque strophe les caractéristiques propres à la forme chantée : « une mélodie qui revient et se répète en boucle » et « un rythme équilibré et uniforme ». III. Le parallélisme progressif Entre les différents éléments parallèles, le sens s’approfondit d’un niveau à l’autre, et ils entretiennent entre eux une relation de cause à effet. Leurs liens reposent principalement sur une « association causale ». Le « parallélisme progressif » consiste à employer des phrases dont les structures grammaticales sont identiques ou similaires afin d’exprimer des significations entretenant une relation de cause à effet, de manière que les significations des phrases successives soient mutuellement liées et étroitement articulées, les phrases précédentes et suivantes prenant la forme d’une « proposition (cause) — conclusion (effet) ». Li Yufang, « Écrit pour le parc national de Magao » 30 Le poivre des montagnes qui pousse dans la forêt embrumée porte le goût du peuple taïyal. Veuillez ranger vos tronçonneuses déchaînées, veuillez éteindre les fumées de guerre obstinées, veuillez approcher votre oreille de la terre. Les troncs des arbres géants de la forêt embrumée, leur battement de cœur silencieux est la confession des montagnes. Seul le poivre des montagnes protégé par la forêt embrumée permet de goûter le goût du peuple taïyal. « Magao » est un mot de la langue taïyale qui signifie à l’origine « poivre des montagnes ». Le poivre des montagnes qui pousse dans les forêts embrumées est un condiment sauvage très apprécié du peuple taïyal. La poétesse prend le poivre des montagnes comme thème pour décrire la manière dont les Taïyals l’utilisent pour faire mariner la viande de sanglier et de muntjac des montagnes, tout en lançant un appel à ne pas abattre la forêt et à préserver ce véritable paradis isolé du monde. « Veuillez ranger vos tronçonneuses déchaînées / veuillez éteindre les fumées de guerre obstinées / veuillez approcher votre oreille de la terre » : le sens s’approfondit progressivement, depuis les actions négatives consistant à « ranger les tronçonneuses » et à « éteindre les fumées de guerre », c’est-à-dire à mettre fin aux comportements qui portent atteinte aux forêts et aux montagnes, jusqu’à l’action positive consistant à « approcher son oreille de la terre » afin de protéger activement la forêt et les montagnes. Il s’agit donc d’un « parallélisme progressif ». Luo Fu, « Lire une lettre à minuit » 31 La lampe de minuit est une petite rivière sans vêtements. Ta lettre arrive en nageant comme un poisson, je lis la chaleur de l’eau, je lis les écailles émouvantes sur ton front, je lis le fleuve comme on lit un miroir, je lis ton sourire dans le miroir, comme on lit l’écume. La première strophe du poème commence par une métaphore qui donne naissance à la construction poétique. Dans la deuxième strophe, les principales figures de style sont la comparaison explicite et le parallélisme. La comparaison qui apparaît au début de la deuxième strophe, selon laquelle « ta lettre arrive en nageant comme un poisson », dérive de l’image de la « petite rivière » dans la première strophe. Puisque la lampe de minuit est semblable à une « petite rivière », la lettre lue sous cette lampe ressemble alors à un poisson nageant dans la rivière. En même temps, la lettre est envoyée d’un autre lieu jusqu’à moi, et le mouvement du poisson qui « nage » vers moi présente également une similitude avec l’idée de « venir de toi jusqu’à moi ». Dans cette strophe, trois comparaisons explicites sont employées : « ta lettre arrive en nageant comme un poisson », « comme on lit un miroir » et « comme on lit l’écume » ; s’y ajoutent quatre phrases parallèles : « je lis la chaleur de l’eau / je lis les écailles émouvantes sur ton front / je lis le fleuve comme on lit un miroir / je lis ton sourire dans le miroir ». Dans la description de l’acte de lire la lettre, l’auteur emploie un « parallélisme progressif », faisant s’étendre le sens couche après couche. Il utilise également la disposition des vers afin de permettre à chaque phrase de se tenir séparément comme une pensée complète et régulièrement structurée. Le parallélisme remplit ainsi une fonction formelle tout en permettant d’exprimer pleinement la situation dans laquelle se mêlent les diverses émotions éprouvées au moment de lire la lettre. Cinquième section — Distinction entre le parallélisme et les figures de style similaires I. Le parallélisme et l’antithèse « Le parallélisme et l’antithèse présentent de nombreuses similitudes, mais ils se distinguent également : (1) l’antithèse exige que le nombre de caractères soit égal, tandis que le parallélisme ne l’exige pas ; (2) l’antithèse doit nécessairement être organisée par paires, tandis que le parallélisme ne l’impose pas ; (3) l’antithèse évite autant que possible la répétition des mêmes caractères et des mêmes significations, alors que, dans le parallélisme, la répétition des mêmes caractères et des mêmes significations constitue une situation fréquente. » 32 Le point de vue du chercheur Shen Qian est dans l’ensemble similaire. 33 Toutefois, celui-ci considère que le nombre de phrases du « parallélisme » doit être « d’au moins trois phrases », ajoutant ainsi une condition supplémentaire. Le chercheur Huang Qingxuan, quant à lui, se place du point de vue esthétique et considère que « le parallélisme repose sur l’unité du multiple et la différenciation du commun », tandis que « l’antithèse » « tend vers le contraste ». 34 L’auteur estime que, bien que le parallélisme et l’antithèse présentent des structures formelles, c’est-à-dire des structures phrastiques, relativement proches — autrement dit, dans les phrases supérieure et inférieure, « les phrases comportent des unités grammaticales identiques et ces unités sont disposées selon le même ordre » 35 —, certaines différences subsistent néanmoins. Elles peuvent être examinées sous trois angles : la grammaire, la rhétorique et la sémantique. I. L’examen du point de vue grammatical Il comprend : (1) la structure grammaticale de la phrase et l’ordre de composition des mots ; (2) le mode énonciatif ; (3) le choix des mots. 1. « Structure phrastique » et « ordre de composition des mots » Le chercheur Cai Moufang considère que « l’identité de structure des phrases supérieure et inférieure » constitue une caractéristique commune au « parallélisme » et à « l’antithèse ». 36 Par les expressions de Cai Moufang « unités grammaticales identiques » et « disposition de ces unités selon le même ordre » — c’est-à-dire la structure phrastique —, l’auteur estime qu’il est possible de développer cette idée du point de vue de la grammaire : « employer, sur le plan grammatical, des mots de même catégorie grammaticale et des groupes de mots de même type comme éléments constitutifs de l’énoncé », et « utiliser le même ordre de composition des mots pour former la phrase ». Telle est la signification de l’« identité de structure phrastique » du point de vue grammatical. Cai Moufang donne comme exemple explicatif : « Deux loriots jaunes chantent parmi les saules verdoyants, une file d’aigrettes blanches s’élève vers le ciel azuré » (Du Fu, « Quatrain »). Il souligne que « deux loriots jaunes » et « une file d’aigrettes blanches » sont tous deux des « mots composés », que « chanter » et « s’élever » sont tous deux des verbes constitués d’un seul caractère, et que « saules verdoyants » et « ciel azuré » sont également des « mots composés ». L’ordre de disposition des trois groupes de mots est identique dans les deux phrases ; les phrases supérieure et inférieure présentent donc un état parallèle et symétrique. L’auteur analyse la structure grammaticale et l’ordre de composition des mots de ces deux phrases de la manière suivante : « déterminant numéral + groupe nominal déterminatif + verbe + groupe nominal déterminatif ». Le groupe nominal antérieur assume la fonction de sujet, tandis que le groupe nominal postérieur assume la fonction de complément d’objet. Ces deux éléments constituent des caractéristiques grammaticales communes au parallélisme et à l’antithèse. 2. « Le mode énonciatif » Le mode énonciatif, en chinois, désigne la manière de comprendre si une phrase est déclarative, interrogative, impérative ou exclamative à partir des particules modales placées à l’intérieur ou à la fin de la phrase, ou des interjections indépendantes de la structure phrastique. Les particules modales et les interjections sont différentes. Les particules modales se prononcent généralement sur un ton léger, tandis que les interjections sont prononcées avec une intonation plus forte. Prenons « a » comme exemple : l’interjection « a » ne se prononce pas sur un ton léger et demeure toujours indépendante de la structure de la phrase ; la particule modale « a », quant à elle, se prononce sur un ton léger, est toujours attachée à la fin de la phrase et ne demeure jamais indépendante. Dans le « parallélisme », le mode énonciatif de chaque phrase doit être identique ; dans le cas contraire, des contradictions ou des interférences peuvent apparaître dans le sens du texte, rendant sa compréhension difficile pour l’auditeur ou le lecteur. Non seulement le mode énonciatif doit être cohérent, mais l’affirmation et la négation du sens doivent également rester cohérentes afin d’éviter toute contradiction interne. Par exemple, si une phrase parallèle présente un mode affirmatif, que la deuxième adopte un mode interrogatif et que la troisième adopte un mode négatif, le lecteur ne saura plus comment comprendre l’ensemble et aura du mal à en saisir le sens. Si le mode énonciatif diffère entre les phrases supérieure et inférieure, par exemple si la première est affirmative et la seconde négative, faisant apparaître une relation d’opposition, il peut alors s’agir d’une « antithèse », d’un « contraste » ou d’une « mise en contraste », car ces trois catégories de figures de style expriment toutes une « relation de contraste entre des éléments de nature différente », les phrases supérieure et inférieure accordant de l’importance à la variation du « mode énonciatif ». 3. « Le choix des mots » La figure de l’antithèse vise à exprimer une « relation de contraste entre des éléments de nature différente ». C’est pourquoi, dans le « choix des mots », elle tend autant que possible à « rechercher la différence » afin de former un « contraste » dans le sens du texte : « lorsque le sens du texte diffère, le choix des mots diffère naturellement ; lorsque le sens du texte est identique, le choix des mots cherche également autant que possible à varier ». 37 Prenons par exemple : « Les nuées du couchant et le canard solitaire volent ensemble ; l’eau d’automne et le vaste ciel ont une même couleur » (Wang Bo, « Préface du pavillon du Prince Teng »). Du point de vue du sens, « nuées du couchant » et « canard solitaire » diffèrent naturellement de « eau d’automne » et « vaste ciel » ; cette différence est inhérente à leur nature, tout en présentant des relations dans le temps et dans l’espace. « Avec » et « ensemble », « ensemble » et « une seule » ont en réalité des significations similaires, mais le choix des mots recherche néanmoins la différence au sein de la similitude et s’efforce de produire une variation. La figure du parallélisme, quant à elle, vise à exprimer une « relation de juxtaposition entre des éléments de même nature ». Dans le choix des mots, elle tend donc à « rechercher la similitude au sein de la différence », afin de former une « structure phrastique » commune et un « sens du texte » de même nature. « Lorsque le sens du texte diffère, le choix des mots diffère naturellement ; lorsque le sens du texte est identique, le choix des mots ne varie pratiquement pas. » 38 Prenons par exemple : « Pour tirer, il faut bander l’arc le plus fort ; pour employer des flèches, il faut choisir les plus longues ; pour tirer sur un homme, il faut d’abord tirer sur son cheval ; pour capturer un bandit, il faut d’abord capturer son chef. » (Du Fu, « À la frontière, premier départ », neuvième série, sixième poème). La structure phrastique commune des deux premières phrases complexes est : « verbe (tirer ; employer) + complément d’objet A1 (arc) + terme de liaison (il faut) + verbe (tirer ; employer) + complément d’objet A2 (flèche) ». Les compléments d’objet antérieur et postérieur — l’arc et la flèche — sont différents, et leur sens diffère donc également ; cependant, dans une même phrase, les verbes sont identiques, tandis que, dans les phrases antérieure et postérieure, les termes de liaison sont également identiques. La structure phrastique commune des deux phrases complexes suivantes est : « verbe (tirer ; capturer) + complément d’objet A1 (homme ; bandit) + terme de liaison (d’abord) + verbe (tirer ; capturer) + complément d’objet A2 (cheval ; chef) ». Elle est identique à celle des phrases complexes précédentes, à ceci près que les phrases de rang pair comportent un groupe supplémentaire de compléments d’objet. II. L’examen du point de vue rhétorique Il comprend : (1) le nombre de phrases et (2) le nombre de caractères. 1. « Le nombre de phrases » La question de savoir si la figure rhétorique du « parallélisme » peut inclure des expressions parallèles constituées de « deux phrases » a historiquement donné lieu à deux courants parmi les chercheurs. Ceux qui répondent par l’affirmative sont minoritaires. Chen Wangdao affirme : « L’antithèse doit nécessairement être organisée par paires, le parallélisme ne l’exige pas » ; « dans la figure du parallélisme, il existe également des cas où seules deux phrases sont utilisées en parallèle l’une avec l’autre, ce qui la rend extrêmement proche de l’antithèse ». 39 Il donne deux exemples poétiques : « J’ai une personne à laquelle je pense, séparée de moi dans une contrée lointaine ; j’ai une affaire qui me touche, nouée au plus profond de mes entrailles » (Bai Juyi, « Poème de pluie nocturne ») ; « Pour tirer, il faut bander l’arc le plus fort ; pour employer des flèches, il faut choisir les plus longues ; pour tirer sur un homme, il faut d’abord tirer sur son cheval ; pour capturer un bandit, il faut d’abord capturer son chef » (Du Fu, « À la frontière, premier départ », neuvième série, sixième poème). Concernant le nombre de phrases, il adopte donc une position affirmative. Par ailleurs, le chercheur taïwanais Dong Jitang adopte également cette position affirmative. Il estime que des expressions parallèles telles que « Celui qui n’est pas indigné ne peut être instruit ; celui qui n’est pas tourmenté ne peut être éveillé » (Entretiens, chapitre « Shu Er »), et « Celui qui se livre à la débauche ne peut avoir de conversation avec autrui ; celui qui s’abandonne lui-même ne peut accomplir aucune action avec autrui » (Mencius, chapitre « Li Lou »), « ne sont pas des antithèses, car leur formulation comporte de nombreuses similitudes et le sens des phrases est parallèle ». 40 Cai Moufang adopte également cette position affirmative : « La figure du parallélisme exprime une disposition d’éléments appartenant à une même catégorie ; le nombre de phrases n’a donc ni limite supérieure ni restriction quant au nombre pair ou impair. » 41 Parmi les chercheurs qui adoptent une position négative figurent Huang Qingxuan 42, Shen Qian 43, Huang Lizhen 44, ainsi que les chercheurs chinois Tang Songbo 45 et Cheng Weijun, entre autres. 46 Tous considèrent que le parallélisme doit comporter au moins trois phrases. Leur principale raison est d’éviter toute confusion avec l’« antithèse ». Le chercheur chinois Ma Ruichao affirme quant à lui : « Au moins trois structures identiques ou similaires : telle est l’exigence formelle du parallélisme ; c’est seulement lorsqu’elle est satisfaite que le parallélisme peut présenter son caractère de succession en série et en rangée. » 47 Les chercheurs chinois Yang Chunlin et Liu Fan indiquent encore plus clairement : « Le parallélisme diffère de l’antithèse. Du point de vue formel, l’antithèse se limite à deux éléments, tandis que le parallélisme en comporte trois ou davantage ; l’antithèse est organisée de manière symétrique, tandis que le parallélisme est organisé en série. » 48 L’auteur estime que les expressions parallèles en « deux phrases », dont la formulation présente de nombreuses similitudes et dont le sens des phrases est parallèle, sont très nombreuses. Si l’on exclut ces exemples, cela ne semble pas permettre de nier le fait que les expressions parallèles en « deux phrases » puissent présenter une forme de « parallélisme ». Il serait préférable de prendre comme critère la « forte similitude de la formulation et le parallélisme du sens » afin de distinguer le « parallélisme » et l’« antithèse » parmi les expressions parallèles en « deux phrases ». Autrement dit, la figure de l’antithèse exprime une « relation de contraste entre des éléments de nature différente » et son nombre de phrases doit nécessairement être pair ; la figure du parallélisme exprime une « relation de juxtaposition entre des éléments de même nature », et deux phrases, trois phrases, de même que des phrases doubles ou des phrases complexes, peuvent toutes être admises. Toutefois, pour des raisons liées à l’organisation de la démonstration, l’auteur entend adopter la position majoritaire et classer désormais le « parallélisme en deux phrases » dans la figure de l’« antithèse », tout en établissant séparément la catégorie des « phrases parallèles juxtaposées ». 2. « Le nombre de caractères » « Le concept d’antithèse repose sur une opposition formée de deux éléments ; le nombre de caractères de chaque phrase doit donc naturellement être identique. Le parallélisme ne possède pas cette caractéristique ; le nombre de caractères de chaque phrase peut donc présenter des différences. » 49 Les différentes phrases du parallélisme ne mettent pas autant que l’antithèse l’accent sur une parfaite uniformité du nombre de caractères ; elles permettent au contraire des différences de longueur entre les phrases antérieure et postérieure, sans que la structure phrastique fondamentale soit modifiée. Cela permet précisément d’éviter la rigidité et l’immobilité qui pourraient résulter d’une insistance excessive sur l’uniformité et l’équilibre formels. III. L’examen du point de vue sémantique Il comprend : (1) le sens des mots et (2) le sens des phrases. 1. « Le sens des mots » Comme cela a été indiqué précédemment, le parallélisme est, par nature, une « relation de disposition entre des éléments de même nature », tandis que l’antithèse est une « relation de contraste entre des éléments de nature différente ». Du point de vue du sens des mots, le premier relève donc d’une relation entre éléments de même nature : le sens des mots entre les phrases antérieure et postérieure présente un degré élevé d’identité ou de similitude. Le second relève d’une relation entre éléments de nature différente : le sens des mots entre les phrases antérieure et postérieure présente une relation d’opposition de type « positif — négatif ». 2. « Le sens des phrases » La « relation entre éléments de même nature » propre au parallélisme implique, sur le plan du sens des phrases, une étroite corrélation entre les phrases antérieure et postérieure. La « relation entre éléments de nature différente » propre à l’antithèse fait quant à elle apparaître, entre les phrases antérieure et postérieure, des sens lexicaux qui s’opposent et se répondent par paires. Tableau comparatif des distinctions entre le « parallélisme » et l’« antithèse »
(I) Des fondements esthétiques différents Le fondement esthétique du parallélisme est l’équilibre et l’harmonie, c’est-à-dire qu’il repose sur l’unité du multiple et la différenciation du commun ; celui de la répétition est la régularité et la réitération, c’est-à-dire qu’il repose sur la multiplicité au sein de l’uniformité. (II) Des structures formelles différentes Le parallélisme exige une structure formelle similaire, mais permet une différence dans le choix des caractères et des mots ; la répétition n’exige pas que la structure formelle soit similaire, mais permet la répétition totale ou partielle des mêmes caractères et des mêmes mots. « Si le parallélisme peut renforcer la force expressive du discours, cela est directement lié à sa propriété de répétition. » « La répétition et le parallélisme peuvent être distingués de la manière suivante : premièrement, la répétition porte son attention sur la répétition des mots ou des phrases, tandis que le parallélisme porte son attention sur l’identité ou la similitude de la structure des phrases. […] Deuxièmement, les différents éléments qui constituent un parallélisme doivent être consécutifs, tandis que, dans la répétition, bien qu’il existe des éléments consécutifs, il existe également des éléments séparés par des intervalles. » 50 Considérons le poème suivant de la poétesse Luo Ying, entièrement construit à partir des formes de la « répétition » et du « parallélisme » : Luo Ying, « La nuit » 51 La nuit se cache dans l’attente inquiète au fond des pupilles d’un chat. La nuit se cache dans les inquiétudes errantes au milieu des cheveux d’une femme. La nuit se cache dans le son perdu des cloches d’un temple. La nuit se cache dans le parfum des fleurs brisées du bois pourri. Et moi, je suis dans les pupilles de la nuit. Et moi, je suis dans les cheveux de la nuit. Et moi, je suis dans le temple de la nuit. Et moi, je suis dans le bois pourri de la nuit. Je découpe la nuit morceau après morceau. Je récite la nuit morceau après morceau. J’allume la nuit morceau après morceau. Je réveille la nuit morceau après morceau. Ce poème présente une forme extrêmement régulière : chaque partie comporte quatre vers et chaque strophe se présente comme un « bloc ». Du point de vue formel, la situation est la suivante : dans la première partie, les deux groupes de phrases sont disposés en parallèle ; les premier et deuxième vers forment un groupe, tandis que les troisième et quatrième vers en forment un autre. Dans la deuxième partie, les quatre vers sont disposés en parallèle et forment des « phrases parallèles à l’échelle du paragraphe ». Dans la troisième partie, les quatre phrases complexes sont juxtaposées ; elles constituent à la fois un « parallélisme des paragraphes » et un « parallélisme des phrases complexes ». Si l’on observe le numéral « un morceau », il s’agit également d’une répétition consécutive d’un groupe de mots redoublé. Du point de vue du sens, les premier et deuxième vers, ainsi que les troisième et quatrième vers des deux premières parties, forment chacun un groupe. L’addition de ces deux groupes constitue un « parallélisme successif ». La troisième partie constitue quant à elle un « parallélisme progressif », dans lequel le sens s’approfondit progressivement à chaque niveau. Tableau comparatif des distinctions entre le « parallélisme » et la « répétition »
III. Le parallélisme et la gradation (I) Des points de focalisation différents « La gradation porte son attention sur le sens ; sa caractéristique est constituée par son écart de degré, qu’il soit ascendant ou descendant. Le parallélisme porte son attention sur la forme ; sa caractéristique est son organisation en parallèle sur le plan formel. » 52 (II) Des fondements de disposition différents « Puisque les différents éléments du parallélisme sont indépendants et égaux entre eux, les relations entre ces éléments ne peuvent être que des relations de juxtaposition et de continuité. Si une série de phrases est disposée successivement et que les relations entre plusieurs phrases sont de nature progressive ou régressive, il s’agit alors d’un procédé rhétorique de gradation et non de parallélisme. » 53 « L’ordre du parallélisme peut parfois être inversé ; l’ordre de la gradation, en revanche, ne peut absolument pas être modifié. » 54 Notes
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