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Chapitre 1 — La forme de la répétition : la répétition
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Chapitre 1 — La forme de la répétition : la répétition

Première section — La répétition

I. Définition et fonction de la répétition

« La répétition consiste en un procédé rhétorique qui utilise de manière répétée le même caractère, mot, groupe de mots ou phrase, soit de façon consécutive, soit de façon séparée, afin de renforcer l’expression et de donner au discours et au texte un sens du rythme. »1

La « répétition », également appelée « reprise », désigne le fait de « répéter intentionnellement certains mots ou certaines phrases afin d’exprimer des sentiments intenses, profonds et persistants, ou d’insister sur une idée particulière, ou encore de signaler les différentes parties du contenu ainsi que le rythme et la cadence, créant ainsi une beauté de la répétition ; ce procédé rhétorique est appelé reprise. »2

La figure de style de la « répétition » possède les fonctions rhétoriques suivantes : (1) mettre en relief et souligner un élément particulier, tout en renforçant une émotion donnée ; (2) rendre la structure des différents niveaux plus complexe et plus riche.

Dans le domaine littéraire, la poésie est le genre qui recourt le plus fréquemment à la « répétition ». Dans la poésie, la répétition est également appelée « reprise en écho » ; elle possède une force expressive particulière, permet de laisser transparaître des pensées et des sentiments intenses et profonds, renforce l’intonation, crée une beauté mélodique et produit l’effet d’un chant repris à plusieurs reprises.

À ce propos, Zhu Ziqing, grand maître de la prose, écrit dans Lectures classiques · Le Livre des Odes, quatrième partie : « Le rythme des chants populaires repose principalement sur la répétition, ou reprise en écho ; à l’origine, les chants populaires ont pour fonction essentielle d’exprimer les sentiments. Il suffit de revenir encore et encore sur l’expression d’une émotion jusqu’à ce qu’elle soit pleinement exprimée ; il n’est pas nécessaire d’en dire davantage. On peut dire que la répétition est la vie même des chants populaires, et que leur rythme se construit précisément sur cette base. »

Il ajoute également : « Le trait caractéristique de la poésie semble résider précisément dans les retours et les reprises, dans ce que l’on pourrait appeler le fait de tourner autour d’une même idée ; quoi que l’on dise, on ne dit finalement que cette petite chose. La reprise n’a pas pour but de dire moins, mais de dire moins tout en étant plus intense. »3

La répétition permet de rendre les sons plus nets et plus saillants, de produire des effets sonores particuliers, mais aussi de créer des effets descriptifs et expressifs. Elle renforce le caractère imagé du langage ainsi que sa capacité à accentuer la signification, suscitant ainsi une résonance chez le lecteur ou l’auditeur et renforçant la puissance artistique et émotionnelle des vers.

II. Origines historiques et évolution de la répétition

Dès le Livre des Odes, les caractères redoublés étaient déjà employés de manière très répandue. Ainsi, dans « Le col de ton vêtement », du Style de Zheng : « Vert et vert est ton col, longuement et profondément pense mon cœur. Même si je ne viens pas, pourquoi ne m’envoies-tu pas de nouvelles ? » Les mots redoublés « vert et vert » et « longuement et profondément » dans le premier vers constituent précisément des répétitions de caractères.

Dans la littérature méridionale, notamment dans les Chants de Chu, on trouve également des caractères redoublés employés successivement, par exemple dans « Le chant du vent triste », du « Neuvième chapitre » de Qu Yuan, ainsi que dans les « Neuf arguments » de Song Yu. Cela montre que l’emploi des caractères redoublés remonte à une époque très ancienne. Un peu plus tard, dans les Dix-neuf anciens poèmes, « L’herbe au bord de la rivière Qingqing » et « L’étoile du Bouvier, lointaine et lointaine » utilisent également des caractères redoublés de manière successive.

Dans la poésie des Tang, on trouve par exemple chez Meng Jiao, dans « Le chant du voyageur » : « À la veille du départ, je couds avec soin ; craignant que son retour ne soit tardif et tardif. »

Dans la poésie chantée des Song, on trouve chez Xin Qiji, dans « La laide servante » : « Dans ma jeunesse, je ne connaissais pas la saveur du chagrin ; j’aimais monter aux étages élevés, j’aimais monter aux étages élevés. Pour composer de nouveaux vers, je me forçais à parler de chagrin. Maintenant que je connais pleinement la saveur du chagrin, je veux en parler, mais je m’arrête, je veux en parler, mais je m’arrête. Je dis seulement : quel bel automne lorsque le temps se rafraîchit. » Il s’agit ici d’une utilisation successive de phrases répétées.

Dans la poésie de la dynastie Yuan, le poème « Sables lavés par le ciel » de Qiao Ji : « Orioles et hirondelles, printemps après printemps ; fleurs et saules, vrais et véritables ; affaires après affaires, élégance et charme, délicats et délicats, convenables et convenables, tous les êtres humains. » est entièrement construit autour de caractères redoublés et se déploie d’un seul souffle.

Du côté des phrases similaires, les exemples ne manquent pas non plus. Ainsi, dans « Contempler la marée » de Su Shi, sous les Song : « La brume et la pluie de Qiantang, la marée du Zhejiang ; avant d’y parvenir, mille regrets ne disparaissent pas. Une fois arrivé, il n’y a finalement rien ; la brume et la pluie de Qiantang, la marée du Zhejiang. » Il s’agit d’une « phrase similaire » où le début et la fin se répondent mutuellement, révélant beaucoup d’inspiration et d’ingéniosité.

La première discussion consacrée à l’utilisation de la figure de style de la « répétition » se trouve dans Les Règles de la littérature de Chen Kui, sous la dynastie des Song. L’auteur y fournit des exemples en distinguant cinq procédés : « répétition des caractères », « entrecroisement », « sinuosité », « répétition » et « même référence ».

Deuxième section — L’esthétique formelle de la répétition

I. Les fondements de la beauté formelle

La beauté formelle de la figure de style de la « répétition » provient, sur le plan esthétique, de « l’uniformité ordonnée » et de la « répétition ». Les deux sont étroitement liées : « Lorsque différents matériaux sont disposés selon un même mode, il se forme une répétition simple, qui produit la beauté de l’uniformité ordonnée. »4

Hegel souligne : « L’uniformité ordonnée est généralement une identité extérieure ; plus précisément, elle est la répétition uniforme d’une même forme. Cette répétition devient, pour la forme de l’objet, une unité qui lui confère détermination et qualification. »5

La loi de la répétition peut également être appelée loi de l’uniformité. Cette loi de l’uniformité ou de la répétition est à l’origine une forme extrêmement simple, mais elle peut être utilisée partout afin de procurer un plaisir simple et pur. Souvent, lorsque les éléments sont considérés séparément, on pense qu’ils n’ont aucune valeur ; mais dès qu’ils sont disposés de manière répétitive, ils acquièrent eux aussi une certaine saveur esthétique.

Le poète Xu Zhimo écrit dans « Notes sur le lac de l’Ouest du journal de Xu Zhimo » : « Le grand nombre est beauté. Lorsque le nombre devient grand, il semble qu’en suivant une certaine loi naturelle, il se forme naturellement une disposition particulière, un rythme particulier, une configuration particulière, qui émeuvent notre instinct esthétique et éveillent notre émotion esthétique. »

La beauté de la répétition est une expérience que les poètes ressentent avec une profondeur particulière.

Le chercheur Huang Qingxuan cite l’expression de l’esthéticien Santayana dans Le Sens de la beauté, « multiplicité dans l’uniformité », et propose l’explication suivante : « La répétition est une répétition d’images qui se produit soit par superposition, soit par reprise. […] Sur le plan esthétique, la répétition repose sur la multiplicité dans l’uniformité. »6 Cette formulation en donne une explication particulièrement claire et concise.

II. Les effets esthétiques de la répétition

La plupart des spécialistes de la rhétorique divisent la figure de style de la « répétition » en « redoublement » et en « reprise ».

(I) Le redoublement

1. Caractéristiques rhétoriques

« Il s’agit d’un procédé rhétorique consistant à répéter et à juxtaposer sans interruption le même caractère ou le même mot monosyllabique. »7

Les caractères redoublés doivent être « employés immédiatement l’un à la suite de l’autre et avoir une signification identique ».8 Il s’agit d’une « superposition de structures et de termes identiques ».9 Elle produit ainsi une « sonorité redoublée ». Cette sonorité redoublée « ne permet pas seulement de renforcer l’effet sonore du langage, c’est-à-dire de renforcer son sens du rythme et sa beauté mélodique, de rendre l’intonation harmonieuse et la prononciation aisée ; elle permet également d’exprimer une certaine tonalité affective particulière ».10

2. Les effets esthétiques du redoublement

Les effets esthétiques du « redoublement » se manifestent sous trois aspects : (1) la musicalité ; (2) le caractère descriptif ; (3) l’effet de mise en relief.

(1) La musicalité

Elle désigne l’harmonie de l’intonation produite par « l’identité des sons et des rimes », la coordination des tons plats et obliques, la netteté du rythme, ainsi que le fait « d’exprimer les sentiments par les répétitions de consonnes initiales et de finales ».

Par exemple : « Chercher, chercher ; explorer, explorer ; froid, froid et désert ; triste, triste, désolé, désolé. » — Li Qingzhao, sous les Song du Sud, « Lenteur des sons ».

Sept groupes de caractères redoublés sont employés successivement et répartis en trois phrases. Le rythme en devient lent et prolongé. Cette œuvre est considérée comme un chef-d’œuvre transmis à travers les âges précisément parce qu’elle est capable d’exprimer les sentiments de détresse et de souffrance de la poétesse, qui avait traversé la destruction de son pays et la ruine de sa famille, goûté à toutes les épreuves et lutté au milieu des troubles et des bouleversements.11

« L’identité des sons et des rimes » ainsi que « la répétition des consonnes initiales et des finales » sont toutes deux des « groupes rythmiques dissyllabiques ». Le « groupe rythmique » est la plus petite unité de mesure métrique dans la poésie anglaise ; l’analyse métrique permet de déterminer les principaux types de groupes rythmiques ainsi que leur nombre, lesquels déterminent la métrique d’un poème. Dans le système prosodique de la poésie chinoise classique, cette unité est appelée « pause rythmique ».

L’« identité des sons et des rimes » — c’est-à-dire la sonorité redoublée — constitue un rythme prosodique formé par l’apparition alternée de mêmes consonnes initiales et de mêmes finales. Sa structure sonore est la suivante : caractère possédant la même consonne initiale et la même finale + caractère possédant la même consonne initiale et la même finale, formant ainsi une disposition liée selon une alternance répétitive.

La « répétition des consonnes initiales et des finales » constitue quant à elle un cycle rythmique prosodique formé par l’opposition et l’unité des timbres. La répétition des consonnes initiales, la répétition des finales et la sonorité redoublée sont toutes des formes de musique verbale. Si elles sont agréables à entendre, c’est parce que, parallèlement au rythme prosodique présent dans le groupe rythmique, elles s’accompagnent également d’un rythme de pauses, constituant ainsi une séquence sonore rythmique composée au sein du groupe rythmique.12

(2) Le caractère descriptif

Il désigne la finesse expressive dont dispose le redoublement dans les descriptions détaillées, notamment pour imiter les sons, représenter les formes et développer l’atmosphère poétique.13 Il peut rendre les « images semblables à des peintures, concrètes et vivantes ».14

Les formes de la « sonorité redoublée » peuvent être constituées de deux syllabes, comme dans des termes imitant les formes tels que « gracieux et gracieux » ou « ondulant et ondulant », et des termes imitant les sons tels que « da-da » ou « jiu-jiu ».

Elles peuvent également être constituées de trois syllabes, comme dans des expressions décrivant les couleurs telles que « vert et luisant » ou « brillant et scintillant ».

Elles peuvent enfin comporter quatre syllabes, comme dans des expressions décrivant les formes telles que « froid, froid et désert » ou « retentissant et magnifique », ainsi que dans des expressions imitant les sons telles que « bruissant et crépitant » ou « tintant et résonnant ».

Employées de manière appropriée dans les différentes parties d’un texte poétique, ces répétitions peuvent exprimer une musicalité de « reprise chantée et de chœur, de rotation et de retour », autrement dit, grâce à la répétition de différents types de syllabes, elles peuvent produire un sens du rythme plus puissant ainsi qu’un mouvement rythmique régulier.

(3) L’effet de mise en relief

Le « redoublement » peut également produire un puissant effet de mise en relief. La « sensation sonore » produite par la répétition des syllabes permet d’accentuer, de faire ressortir, de mettre en valeur et de renforcer les caractéristiques des paysages et des objets, le déroulement narratif, les mouvements des personnages, leur psychologie ainsi que l’atmosphère environnante.

(II) La reprise

1. Caractéristiques rhétoriques

La reprise désigne le fait « d’utiliser le même caractère, le même mot ou la même phrase à plusieurs endroits séparés dans un texte ».15

Du point de vue de sa forme, le terme répété doit apparaître selon un procédé « consécutif ou séparé ». Autrement dit, la « reprise » comprend deux catégories : la « reprise consécutive » et la « reprise espacée ».16

(1) La reprise consécutive

Sa forme consiste à énoncer successivement la partie répétée, sans qu’aucun autre mot ou aucune autre phrase ne s’interpose entre les éléments répétés.

On rencontre fréquemment la reprise consécutive d’un mot ou d’un caractère, la reprise consécutive d’un groupe de mots et la reprise consécutive d’une phrase.

(2) La reprise espacée

Sa forme consiste à employer des mots, des phrases ou des paragraphes intermédiaires entre les mots ou les phrases répétés.

On rencontre notamment la reprise avec des mots ou caractères intercalés, la reprise d’une phrase à l’autre, la reprise d’un paragraphe à l’autre ainsi que la reprise entre le début et la fin.

Du point de vue de la signification des éléments répétés, la « reprise » peut être distinguée en « reprise » et en « mots répétés ». « Les mots répétés et la figure de style de la reprise présentent une différence : dans les mots répétés, ce qui est répété est le caractère, et la signification de chacun des caractères répétés n’est pas identique ; dans la figure de style de la reprise, ce qui est généralement répété est le mot, le groupe de mots ou la phrase, et la signification des éléments répétés est identique. »17

2. Les effets esthétiques de la répétition

« Le procédé rhétorique qui consiste, afin de mettre en relief une certaine idée ou d’accentuer un certain sentiment, à faire intentionnellement réapparaître à plusieurs reprises le même mot, la même phrase, voire le même paragraphe, est appelé répétition. »18 Les fonctions de la répétition sont au nombre de quatre : (1) la mise en relief, (2) la structuration en niveaux, (3) la fonction descriptive et (4) la musicalité.

(1) La mise en relief

Elle permet de faire ressortir les points essentiels et de les souligner, de rendre l’image des choses plus saillante et de renforcer l’expression des sentiments.

(2) La structuration en niveaux

Elle permet de donner à la structure narrative une organisation claire et hiérarchisée, tout en renforçant la cohérence et la vivacité de la narration.

(3) La fonction descriptive

Elle permet de décrire avec finesse les états et les attitudes, et de révéler en profondeur les activités psychologiques des personnages.

(4) La musicalité

« La répétition en boucle et la reprise chantée » peuvent renforcer la beauté mélodique des rappels et des réponses au sein du langage, dans un mouvement cyclique où l’un fait écho à l’autre, tout en accentuant le sens du rythme.

Troisième section — La structure formelle de la répétition

Du point de vue de sa structure formelle, la figure de style de la « répétition » se divise en un élément originel et un élément répété. La partie qui fait l’objet de la répétition est appelée « élément originel », tandis que la partie répétée est appelée « élément répété ».

I. L’unité de contenu entre l’élément originel et l’élément répété

Dans la figure de style de la « répétition », il n’existe qu’un seul élément originel, tandis que les éléments répétés peuvent être nombreux. Cependant, quel que soit leur nombre, les éléments répétés doivent, tant dans leur forme linguistique que dans leur contenu exprimé, être conformes à l’élément originel. Dans le cas contraire, il ne s’agit plus d’une répétition, mais d’une « répétition de mots ». Autrement dit, seule la répétition dont le code linguistique et la substance informationnelle sont identiques constitue véritablement une répétition.19

II. L’indépendance structurelle de la répétition

L’expression « indépendance structurelle » signifie que l’élément originel et l’élément répété constituent chacun une entité structurelle indépendante, sans relation de dépendance mutuelle ni de détermination entre un élément déterminant et un élément déterminé. Même si l’on supprime l’élément répété, la structure fondamentale d’origine reste intacte et l’expression du sens initial n’en est pas substantiellement affectée.

« Cherchant, cherchant, fouillant, fouillant ; froid, froid, solitude, solitude ; tristesse, tristesse, désolation, désolation. Au moment où la chaleur revient, mais où le froid persiste, il est si difficile de reprendre des forces. Trois coupes, deux petites coupes de vin léger, comment pourraient-elles résister au vent violent du soir ? Les oies sauvages passent ; en ce moment même, le cœur est blessé, et pourtant ce sont bien celles que je connaissais autrefois. Les fleurs jaunes s’entassent sur le sol. Flétries et amaigries, qui pourrait encore avoir envie de les cueillir ? Assise devant la fenêtre, seule, comment pourrais-je attendre que la nuit tombe ? Les paulownias, auxquels s’ajoute la pluie fine, jusqu’à — au crépuscule — goutte à goutte, encore et encore. Dans cet état, comment un seul mot, “chagrin”, pourrait-il suffire à l’exprimer ? » — Li Qingzhao, « Voix lentes », dynastie des Song.

Dans le premier vers, sept groupes de caractères redoublés sont employés successivement : « cherchant, cherchant, fouillant, fouillant ; froid, froid, solitude, solitude ; tristesse, tristesse, désolation, désolation », ainsi que « au crépuscule, goutte à goutte, encore et encore ». Ces caractères redoublés n’établissent aucune relation de détermination entre un élément déterminant et un élément déterminé, ni aucune relation de dépendance mutuelle. Même si l’on supprimait les éléments répétés, la structure fondamentale d’origine ne subirait aucun dommage et l’expression du sens initial, à savoir l’émotion de tristesse et de souffrance, n’en serait pas substantiellement affectée. Cependant, sur le plan rythmique, le texte deviendrait plus bref et plus précipité qu’à l’origine, perdant ainsi, dans la répétition chantée et reprise en écho, cette sensation mélodique à la fois apaisée et légèrement empreinte d’impuissance.

« La cour profonde, profonde, profonde, jusqu’à quel point ? Les saules accumulent la fumée, les rideaux et les tentures s’étendent à perte de vue. Dans les lieux où se promènent les élégants montés sur des chevaux ornés de jade et de selles sculptées, les étages élevés ne permettent pas d’apercevoir le chemin de Zhangtai. La pluie fouette et le vent déchaîné souffle à la fin du troisième mois. La porte se ferme au crépuscule ; aucun moyen de retenir le printemps qui s’en va. Les yeux baignés de larmes, j’interroge les fleurs ; les fleurs ne répondent pas. Les fleurs rouges dispersées par le vent passent au-dessus de la balançoire. » — Ouyang Xiu, « Papillons amoureux des fleurs », dynastie des Song du Nord.

Dans le premier vers, « La cour profonde, profonde, profonde, jusqu’à quel point ? », les deux premiers caractères « profond, profond » constituent une répétition et sont, du point de vue grammatical, des adjectifs qui déterminent le nom « cour ». Le troisième caractère « profond », bien qu’il semble répéter le même caractère, fonctionne en réalité comme un verbe. Sa catégorie grammaticale et sa fonction syntaxique diffèrent donc de celles des deux premiers. Ce troisième « profond » étant un verbe, il ne convient pas de le considérer comme un caractère redoublé, mais plutôt comme une « répétition de mots ».

De même, dans le vers « Les yeux baignés de larmes, j’interroge les fleurs ; les fleurs ne répondent pas », le premier « fleur » est un nom employé comme complément d’objet, tandis que le second « fleur » est un nom employé comme sujet. Bien qu’ils soient tous deux des noms, le premier appartient grammaticalement à une construction où il est objet, tandis que le second appartient à une construction où il est sujet. Leur catégorie grammaticale et leur signification sont correspondantes, mais leur fonction syntaxique diffère. Peut-on dès lors considérer cette occurrence comme un caractère redoublé ? À mon sens, la question mérite encore d’être examinée avec prudence.

Ce vers est à l’origine une phrase composée qui contient, sur le plan sémantique, deux niveaux de signification : « Moi, les yeux baignés de larmes, j’interroge les fleurs » et « Les fleurs restent silencieuses envers moi ». Si l’on supprimait l’élément répété, une ambiguïté sémantique apparaîtrait : le vers pourrait être compris soit comme « Moi, les yeux baignés de larmes, j’interroge les fleurs, et les fleurs restent silencieuses envers moi », soit comme « Moi, les yeux baignés de larmes, j’interroge les fleurs, et moi-même je reste silencieuse envers les fleurs ».

Quatrième section — Les formes d’expression de la répétition

La répétition peut rendre les sons plus nets et plus saillants, produire des effets sonores particuliers, mais également créer des effets descriptifs et expressifs, renforcer le caractère imagé du langage et accentuer l’expression du sens.

Du point de vue formel, la figure de style de la « répétition » peut être divisée en deux catégories : la « répétition continue » et la « répétition espacée ». Chacune peut ensuite être classée, selon les éléments qui la constituent, en « mots » (caractères), « groupes de mots », « syntagmes », « phrases », ainsi qu’en répétition « en tête et en fin », répétition de caractères et redoublement de mots.

I. La répétition continue

La partie répétée est énoncée de manière continue : les mêmes mots, groupes de mots, syntagmes ou phrases se suivent étroitement, sans qu’aucun autre mot ou aucune autre phrase ne s’intercale entre eux. On rencontre principalement : (1) la répétition continue d’un mot, (2) la répétition continue d’un groupe de mots et (3) la répétition continue d’une phrase. Examinons à présent les exemples poétiques suivants :

(I) La répétition continue d’un mot (caractères redoublés)

« Employer successivement le même caractère pour former un mot de deux caractères. »20 Les caractères redoublés, également appelés mots redoublés ou répétitions, constituent une forme de mots composés et reposent sur l’emploi de la technique rhétorique de la répétition. Ils sont constitués de deux caractères chinois ou davantage, identiques à la fois dans leur forme graphique et dans leur signification, répétés ensemble pour former un mot. Selon leur catégorie grammaticale, ces groupes de caractères redoublés peuvent être des noms, des pronoms, des verbes, des adjectifs ou des adverbes. Les principales structures grammaticales des mots redoublés sont de cinq types : ABAB, AABB, ABB, AAB et AA. Examinons à présent un poème en caractères redoublés du moine-poète Hanshan de la dynastie des Tang :

« Sombre, sombre, le chemin de la montagne froide ; désert, désert, la rive du torrent glacé ; cui-cui, cui-cui, les oiseaux sont toujours là ; silencieuse, silencieuse, la solitude règne sans personne. Grain après grain, le vent frappe le visage ; flocon après flocon, la neige s’accumule sur le corps ; jour après jour, je ne vois pas le soleil ; année après année, je ne connais pas le printemps. »

Dans ce poème, chaque vers commence par des « caractères redoublés » et adopte la structure grammaticale AA. L’emploi des caractères redoublés ne renforce pas seulement les images poétiques : l’image visuelle du « chemin de la montagne froide », les images auditives de « la rive du torrent glacé » et des « oiseaux toujours présents », ainsi que les images de mouvement du « vent frappant le visage » et de « la neige s’accumulant sur le corps », rendent les images plus nettes et plus émouvantes. Dans le même temps, ils harmonisent le rythme et lui confèrent une cadence souple et régulière.

Dans la poésie moderne, les poètes emploient également fréquemment les caractères redoublés :

Xin Yu, « Variation du visage »21

« Ce visage fut autrefois une grande et tendre feuille.

Ce visage fut autrefois une lune ronde et pleine.

Aujourd’hui, il est un ballon dégonflé

que le temps frappe et fait rouler sans cesse.

Ce visage, visage, visage, visage, visage, répété,

dans le voyage sans destination de la fumée,

se consume lui-même. »

« Grand, grand » et « rond, rond » adoptent la structure AAB et sont des adjectifs. « Ce visage, visage, visage, visage, visage, répété » emploie successivement cinq fois le caractère « visage » ; il s’agit d’une extension de la structure AA, la catégorie grammaticale étant ici celle du nom. Dans ce poème, les caractères redoublés ont pour fonction de souligner le sens et d’harmoniser le rythme.

Yu Guangzhong, « Le monde dans le miroir — Le rêve secret »22

« Sur la surface de l’eau, à dix lis, sans le moindre vent,

fines, fines, les tiges couvrent tout le miroir ;

délicates, délicates, les reflets jumeaux ;

pâles, pâles, les teintes des montagnes au loin ;

vides, vides, le paysage paisible ;

doucement, doucement, une petite barque,

avec deux ou trois silhouettes à son bord,

flotte dans la transparence irréelle. »

Dans cette strophe, le poète emploie successivement cinq groupes d’adjectifs redoublés. Leur emploi donne au rythme une cadence souple et régulière, tandis que le redoublement des adjectifs rend plus nette l’image des noms qu’ils déterminent et renforce la puissance évocatrice des images. L’écriture du poète suit le déplacement du point de focalisation du regard, comme un objectif qui effectue successivement des mouvements de rapprochement et d’éloignement : il commence par décrire les fleurs de lotus au premier plan, dont les tiges fines et délicates couvrent la surface du lac semblable à un miroir ; puis il s’attarde sur les tiges de lotus gracieuses et émouvantes qui se reflètent à la surface de l’eau ; ensuite, l’objectif recule jusqu’à l’extrême éloignement, faisant apparaître les teintes pâles des montagnes et le paysage silencieusement vide ; aussitôt après, il revient au premier plan, où une petite barque glisse doucement sur le lac ; enfin, l’objectif s’avance de nouveau vers la barque et fait apparaître deux ou trois silhouettes humaines à son bord.

Dans la poésie moderne, il arrive parfois que l’on rencontre un emploi massif de caractères redoublés. Il s’agit généralement de créer un effet visuel particulier. Ainsi, dans le poème « En file ininterrompue » de Ye Weilian, le caractère « sauterelle » est répété plus d’une centaine de fois sur six lignes, créant un effet visuel saisissant et presque terrifiant. Cet emploi dépasse déjà la signification propre à la figure de style de la « répétition » et entre dans le domaine de la « visualisation ».

Wu Sheng, « Dans une forêt étrangère »23

« Dans une démarche hésitante et confuse,

tous les bruits et tous les souffles

se transforment souvent en des milliers et des milliers de paroles ;

murmurant, encore murmurant,

comme les branches de saule sur la rive qui ne cessent de se balancer,

fins, fins, enchevêtrés autour de moi. »

Dans ces vers, le poète emploie abondamment les caractères redoublés, notamment l’adjectif « hésitant et confus », l’adjectif numéral « des milliers et des milliers », l’adverbe « fins, fins, enchevêtrés » et le verbe « murmurer, encore murmurer », créant ainsi un rythme apaisé et une atmosphère romantique. Le poète déambule dans une forêt étrangère et transforme les sons perçus par son oreille en une forme métaphorique, « comme les branches de saule sur la rive », afin d’exprimer, après un déplacement sensoriel relevant de la synesthésie, une image visuelle : « les branches de saule sur la rive qui ne cessent de se balancer » et « fines, fines, enchevêtrées autour de moi ».

(II) La répétition continue d’un groupe de mots (mots redoublés)

« Un mot constitué de deux caractères différents ou davantage, employés successivement. Ce procédé produit un effet manifeste de renforcement sur la dynamique et la force expressive du langage. »24

Yu Guangzhong, « Musique de percussion »25

« Jacinthes et pissenlits

après la journée du souvenir national, ne sont toujours pas heureux.

Pas heureux, pas heureux, pas heureux. »

Xiang Ming, « Lire le journal »26

« À peine les verres de lecture furent-ils remis correctement

que tous les caractères imprimés se mirent soudain à hurler à l’unisson :

Secours aux difficultés,

secours aux difficultés,

secours aux difficultés. »

Dans ces deux exemples poétiques, les groupes de mots qui apparaissent successivement forment un rythme dense, renforcent la force expressive du langage et en élèvent le volume, attirant ainsi l’attention du lecteur. Les mots redoublés peuvent certes renforcer le ton et la puissance émotionnelle, mais leur nombre de répétitions et leur fréquence d’emploi doivent être contrôlés avec prudence, car une même forme de « stimulation » peut très facilement finir par insensibiliser le lecteur, voire lui inspirer de la lassitude.

Ye Weilian, « Que la Tamise coule doucement »27

« Même si je tombe dans la mort,

devant mes yeux ne se trouvent que les nouvelles générations, fraîches et éblouissantes, qui surgissent en abondance,

exhalant amour et désir, désirs matériels et convoitises,

comme des poissons nageant dans l’eau, heureux dans l’eau, sans savoir ce qu’est l’eau,

sans se soucier de la mémoire historique,

sans se soucier des positifs et des négatifs des sentiments,

profiter, profiter, profiter,

profiter de la vie sans fin. »

Dans ce passage poétique, on trouve non seulement des caractères redoublés (« nouvelles nouvelles générations » ; « positifs positifs, négatifs négatifs »), mais aussi des groupes de mots répétés (« sans se soucier de » ; « profiter »), ainsi qu’une répétition espacée des caractères « dans » et « eau ». Il présente ainsi des formes de répétition extrêmement diverses, utilisées pour exprimer l’attitude des nouvelles générations consistant à profiter du moment présent et à s’abandonner aux plaisirs. La comparaison « comme des poissons nageant dans l’eau, heureux dans l’eau, sans savoir ce qu’est l’eau » est particulièrement expressive ; l’expression « sans savoir ce qu’est l’eau » peut recevoir plusieurs interprétations et se révèle particulièrement riche en significations.

(III) La répétition continue des phrases

« Deux phrases qui se suivent et sont entièrement identiques. Ce procédé de répétition est particulièrement apte à exprimer des sentiments intenses. »28 Dans la poésie classique, on rencontre également l’emploi de phrases répétées de manière continue, par exemple :

« Dans ma jeunesse, je ne connaissais pas le goût du chagrin, j’aimais monter aux étages élevés, j’aimais monter aux étages élevés. Pour composer de nouveaux vers, je prétendais parler du chagrin. Maintenant que je connais jusqu’au bout le goût du chagrin, je voudrais en parler, mais je m’arrête, je m’arrête. Je dis seulement : quel bel automne, avec cet air devenu frais. »

— Xin Qiji, « Le vilain enfant ».

Dans ce poème chanté, les deux strophes emploient chacune une phrase répétée de manière consécutive. Ces deux groupes de phrases répétées expriment respectivement les comportements et les prises de conscience correspondant à deux étapes différentes de la vie.

Luo Ying, « L’automne du chat »29

« Automne

qui se repose dans les feuilles mortes,

dans le piège,

on peut encore entendre cet appel rudimentaire

qui appartient au chat,

appelant une

petite lumière d’étoile

une petite lumière d’étoile

depuis le front de la montagne,

sautant jusqu’à mes pieds nus et anxieux.

Les nombreuses lumières d’étoiles

dessinent les bonds successifs du chat,

qui saute pour serrer l’automne

dans l’étang chaleureux de ses yeux. »

Dans ce passage, outre les fonctions propres à la répétition des phrases, les phrases répétées ont également pour fonction de relier le sens du texte qui précède à celui qui suit. Dans un paragraphe, la répétition des phrases ressemble non seulement, dans sa forme, à la reprise en tête, avec son principe de « transmission du haut vers le bas et de réception du bas vers le haut », mais elle lui ressemble également par sa fonction de liaison, ce qui rend les deux procédés difficiles à distinguer. Dans ce passage précis, « une petite lumière d’étoile » dans le vers précédent est le complément d’objet qui suit « appelant ce qui ne s’arrête pas », tandis que « une petite lumière d’étoile » dans le vers suivant devient le sujet qui introduit « depuis le front de la montagne ». Leur fonction est manifestement différente.

Zhang Cuo, « Anecdotes du thé »30

« Le moine poussa un soupir.

Devant ses yeux, arbre après arbre, les théiers ;

à l’avenir, page après page, les récits et les affaires de doctrine ;

laissant les disciples laïcs, les maîtres chan et les ascètes,

après le thé et le repas, au son des cloches du matin et des tambours du soir,

s’acharner à poursuivre et à interroger :

Tu es venu de si loin, depuis l’Inde, jusqu’ici à l’ouest,

quel est donc le sens de tout cela ?

Quel est donc le sens de tout cela ? »

La phrase finale, « Quel est donc le sens de tout cela ? », est répétée une fois, formant une « répétition en fin de poème ». Elle permet d’allonger le rythme et de créer un effet d’écho. Sur le plan sémantique, elle joue également un rôle d’insistance. Ce passage raconte que le patriarche Bodhidharma serait venu de l’Inde vers l’ouest afin de propager le bouddhisme, et rattache à ce récit les légendes qui entourent Bodhidharma, notamment celle selon laquelle le théier amer serait né de ses cils qu’il aurait coupés et jetés.

II. La répétition espacée

Des mots, groupes de mots, syntagmes ou phrases identiques sont répétés à intervalles, au début ou à la fin de différents segments, sans être placés les uns à la suite des autres. « Il existe donc d’autres mots, phrases ou paragraphes qui s’intercalent entre les mots ou les phrases répétés. »31 Les formes les plus courantes sont : (1) la répétition espacée des mots, (2) la répétition espacée des groupes de mots, (3) la répétition espacée des phrases, (4) la répétition espacée des paragraphes et (5) la répétition en tête et en fin.

(I) La répétition espacée des mots

« Des caractères, mots ou phrases identiques sont employés à intervalles dans un même passage. »32 Selon leur catégorie grammaticale, ces éléments répétés peuvent être des noms, des pronoms, des verbes, des adjectifs, des adverbes ou des mots de relation.

Luo Qing, « Nuwa livre une bataille sanglante contre la grande pelle mécanique — Croquis de Taïwan »33

« Regarder au loin, regarder au loin,

sur la rive du fleuve, les pierres et le sable sont violemment arrachés ;

à peine vient de s’achever cette opération d’une brutalité extrême,

les montagnes qui n’ont pas eu le temps de porter secours, anxieuses, ont le visage gris-vert,

et ne peuvent que, à l’horizon, épaule contre épaule, veine contre veine,

demeurer majestueuses et immobiles, déployant une formation où elles affrontent la mort sans reculer. »

Ce passage décrit l’exploitation avide du sable et du gravier du lit des rivières par les exploitants de carrières, ainsi que la destruction de l’hydrologie et de l’écologie des cours d’eau. Dans le vers « épaule contre épaule, veine contre veine », les mots « épaule » et « veine » sont chacun répétés à distance, afin de représenter l’ampleur majestueuse des chaînes de montagnes qui se prolongent au loin.

Yu Guangzhong, « Le sacrifice à la mer »34

« Le flot impétueux roule vers l’avant, poussant l’ancien ciel et la vieille terre,

les étoiles apparaissent et disparaissent, la lune se lève, la lune descend,

les drapeaux de toutes couleurs, frappés par le vent violent, battent, battent. »

Dans le vers « les étoiles apparaissent et disparaissent, la lune se lève, la lune descend », les mots « étoiles » et « lune » sont chacun répétés à distance, exprimant l’écoulement du temps par l’alternance des étoiles et de la lune. Cette phrase complexe constitue également, dans sa forme, une « phrase parallèle ». Dans la poésie moderne, lorsque des « phrases régulières » présentant une structure formelle rigoureuse, telles que la répétition, le parallélisme ou la construction parallèle, sont insérées parmi des phrases libres, elles peuvent réguler le rythme des vers, renforcer leur force expressive et empêcher que l’alternance de phrases longues et courtes ne conduise à une forme trop dispersée.

Zhang Mo, « La guerre, par hasard »35

« Ce soir, le clair de lune ressemble à une couche de peau qui ne cesse de s’écouler.

Un bunker anguleux tombe soudain de mes cils.

De nombreux rêves sans rêves,

de nombreuses mains sans mains,

de nombreux visages sans visages,

de nombreuses voix sans voix,

s’empilent, se superposent, labourent, s’entassent et s’élèvent,

dans ce regard qui fixe profondément et gémit pourtant,

dans la prairie des ombres du temps, dont les joues sont couvertes d’une barbe abondante. »

Le poète Zhang Mo est issu des rangs militaires et a traversé les années de guerre. Il possède naturellement une compréhension particulièrement profonde de la nature cruelle de la guerre. Ce passage poétique raconte que, durant une nuit d’insomnie, le poète se souvient de l’époque où il se trouvait sur le front et fut témoin de ses propres yeux de nombreux cadavres et de corps mutilés, ainsi que du spectacle désolant des dépouilles qui jonchaient le champ de bataille. Ce souvenir impossible à chasser demeure comme une ombre profondément enfouie dans le temps.

« De nombreux rêves sans rêves,

de nombreuses mains sans mains,

de nombreux visages sans visages,

de nombreuses voix sans voix. »

Dans ce passage, la construction parallèle et l’énumération reposent sur une structure commune : « de nombreux ■ sans ■ ». Cette répétition espacée formelle produit un rythme régulier et permet en même temps de dessiner avec une grande netteté les scènes réelles du champ de bataille.

(II) La répétition espacée des groupes de mots

Un mot constitué de deux caractères différents ou davantage est employé à intervalles dans un même passage, ce qui peut créer un rythme régulier.

Luo Qing, « Après que la catastrophe s’est de nouveau produite — Croquis d’une mine »36

« La galerie est silencieuse, la couche de charbon est silencieuse,

le dioxyde de carbone, doux et paisible, est lui aussi silencieux.

Avec nous, il n’y a que la roche ignée qui s’abat directement sur nos têtes. »

Dans le vers « la galerie est silencieuse, la couche de charbon est silencieuse », le groupe de mots « est silencieuse » constitue une « répétition espacée des mots ». Dans la deuxième ligne, « est silencieux » constitue quant à lui une « répétition espacée des phrases ». Les trois occurrences de « silencieux », disposées successivement dans le passage, composent le tableau tragique de la catastrophe minière ; les mineurs prisonniers au fond de la galerie sont alors au bord de la mort.

Yu Guangzhong, « La ligne de chemin de fer Kowloon-Canton »37

« Tu me demandes quelle est la saveur de Hong Kong, quelle est cette saveur ;

tenant entre tes mains une petite carte postale, j’ai souri tristement. »

Dans le vers « Tu me demandes quelle est la saveur de Hong Kong, quelle est cette saveur », le groupe de mots « saveur » constitue une « répétition espacée des mots ». Le poète aurait pu omettre ce groupe de mots, mais il choisit délibérément de le répéter afin d’accentuer le terme exprimant la sensation de « saveur » et de faire ressortir l’état intérieur du poète à ce moment-là, où se mêlent des sentiments extrêmement divers et contradictoires.

(III) La répétition espacée des phrases

Des phrases identiques, utilisées dans un même passage en laissant une phrase entre deux occurrences, peuvent créer un rythme régulier.

Ya Xian, « Le clown du cirque »38

« Sous un chapeau de paille de pure tristesse,

les dames rient,

faisant trembler les pagodes chinoises peintes sur leurs éventails pliants,

les dames rient,

se moquant de moi, entre les girafes et les antilopes,

mêlé à je ne sais quoi. »

« Les dames rient » constitue une répétition espacée des phrases. Prononcée par la bouche du clown, elle forme un contraste particulièrement fort avec ses sentiments intérieurs, c’est-à-dire un contraste extrême entre la chaleur apparente et la froideur intérieure. Même si le clown souffre intérieurement, il doit dissimuler sa douleur et s’efforcer de faire le pitre afin de divertir le public.

Zhang Mo, « La mort, à bientôt »39

« La mort, à bientôt,

le néant, à bientôt,

les gémissements, à bientôt.

Le vieux soleil se précipite toujours depuis le bord des nuages.

Le temps est froid et silencieux.

Nous, nus et dépouillés,

assis dans le berceau d’un bébé,

nous, nus et dépouillés,

assis dans le train de la mort,

nous, nus et dépouillés,

assis à l’extrémité de l’horizon,

nous, nus et dépouillés,

lentement,

silencieusement,

repoussons avec force cette terre sauvage et primitive. »

« À bientôt » constitue une répétition espacée d’un syntagme. « Nous, nus et dépouillés » constitue une répétition espacée de phrases.

« Nous, nus et dépouillés », associé au vers qui suit, forme également une « construction parallèle en reprise ». Dans les deux parties, antérieure et postérieure, de ce passage, les phrases présentent une structure formelle régulière ; sur le plan rythmique, elles confèrent au texte une musicalité faite de répétitions circulaires et d’échos successifs.

(IV) La répétition espacée des paragraphes

Zheng Chouyu, « La lucarne »40

« Les étoiles sont toutes belles, chacune occupant l’un des sept nuits qui tournent en cycle,

et cette petite étoile bleue du Sud ?

L’eau issue de la source printanière erre déjà entre les quatre murs,

la cruche de terre qui tinte n’est pas encore descendue.

Ah, les étoiles sont toutes belles,

et dans le rêve aussi ne résonne qu’un seul nom,

ce nom, libre comme l’eau qui coule… »

La phrase « Les étoiles sont toutes belles » constitue une « répétition espacée des paragraphes ». Elle apparaît respectivement comme le premier vers de deux paragraphes différents et joue ainsi un rôle d’insistance. Les premiers poèmes lyriques de Chouyu sont romantiques et délicatement élégants ; « La lucarne » est également l’une de ses œuvres représentatives.

Ce poème raconte que le poète imagine la lucarne comme un puits profond. Allongé sur son lit, il semble être couché au fond d’un puits et imagine les étoiles situées au-delà de la lucarne venir puiser de l’eau sur les tuiles de son toit. L’emploi de la personnification transforme les étoiles en jeunes filles douces et gracieuses qui portent une cruche de terre pour venir puiser de l’eau. « L’eau issue de la source printanière erre déjà entre les quatre murs / la cruche de terre qui tinte n’est pas encore descendue » : le « tintement » de la cruche est une onomatopée qui donne aux vers à la fois une dimension sonore et une force imagée.

Luo Zhicheng, « Une bougie s’est endormie dans sa propre flamme »41

« Une bougie s’est endormie dans sa propre flamme.

Bébé, descendons doucement l’escalier.

Rangeons le monde que tu as renversé avant de t’endormir.

La petite colère que tu as laissée sur le tapis,

ramenons-la dans la douce chaleur de la couverture pour qu’elle y fonde.

Une bougie s’est endormie dans sa propre flamme.

Le berceau du temps se balance doucement.

La mort respire doucement.

Nous la contournons en secret.

Bébé, serrons fort contre nous le message secret par lequel nous demandons secours à l’éternité.

Allons faire voler un cerf-volant sur la plage !

À travers la brèche ouverte dans la nuit par une étoile filante,

renseignons-nous sur les habitudes des étoiles.

Allons faire du ski sur tes cheveux.

Surtout, ne réveillons pas notre civilisation.

Une bougie s’est endormie, telle un pinceau merveilleux, dessinant dans l’air avec des gestes de rêve.

Allons à la boulangerie avant la fermeture

acheter le petit déjeuner de demain matin.

Si tu le veux, un peu plus tard,

nous volerons la carte de navigation de la Terre.

Une bougie s’est profondément endormie dans sa propre flamme.

Bébé, éteins-la avec la jolie forme de tes lèvres.

La mort que nous élevons en nous grandit de jour en jour.

À travers notre amour,

que peuvent-ils bien se dire l’un à l’autre ?

Bébé,

mais tu es à la fois belle et fatiguée ; avant de dormir,

ces sentiments, tu les disposes de travers sur la coiffeuse. »

La phrase « Une bougie s’est endormie dans sa propre flamme » constitue une répétition espacée des paragraphes et apparaît respectivement comme le premier vers des premier, troisième et quatrième paragraphes. Ce poème est un poème qu’un père écrit pour sa fille. Les vers laissent transparaître l’amour du père pour sa fille. Après que celle-ci s’est endormie, le père range ses jouets, lui remet la couverture, puis s’assied à ses côtés et commence une magnifique méditation pleine de tendresse : « Allons faire voler un cerf-volant sur la plage !… »

(V) La répétition en tête et en fin

Zheng Chouyu, « Adieu »42

« Cette fois, lorsque je te quitte, c’est le vent, c’est la pluie, c’est la nuit.

Tu as souri, j’ai fait un signe de la main.

Et une route solitaire s’est déployée vers les deux extrémités…

Et moi, au lieu d’entrer dans le jardin des fruits d’or,

je suis entré par erreur dans le cimetière de Werther…

(Passage omis au milieu)

Cette fois, lorsque je te quitte, je ne penserai plus à te revoir.

En pensant à cet instant, tu es déjà tranquillement endormie.

Laissons tout ce qui reste inachevé entre nous à ce monde.

Ce monde, je continue à le fouler avec mes pas,

mais il est désormais ton paysage de rêve… »

« Cette fois, lorsque je te quitte » constitue une répétition en tête et en fin. Sur le plan rythmique, elle produit un effet de correspondance entre le début et la fin. Ce poème lyrique utilise également une « représentation imaginée simultanée en des lieux différents » : après avoir raconté la séparation du poète et de son amante au cours d’une nuit de vent et de pluie, il imagine, sur le chemin du retour, les sentiments et les activités de son amante à cet instant précis.

Cinquième section — Distinction entre la répétition et le parallélisme

(1) La répétition porte son attention sur la répétition littérale des mots ou des phrases, tandis que le parallélisme porte sur des structures identiques ou similaires, des significations proches et une tonalité concordante.

(2) La fonction principale de la répétition est d’insister et de mettre en relief, tandis que la fonction principale du parallélisme est de renforcer la force et l’ampleur du discours.

(3) Les différents éléments qui constituent un parallélisme doivent se suivre de manière continue, tandis que la répétition peut être continue, mais peut également comporter des intervalles.43

Notes

1. Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 531.

2. Wang Yizao et deux autres auteurs, La rhétorique dans la littérature et la langue, Hong Kong : Macmillan, 1987, p. 93.

3. Zhu Qiaosen, Propos divers sur la poésie moderne, Taipei : Kaijin Culture, 1994, p. 22.

4. Liu Shucheng et deux autres auteurs, Principes fondamentaux de l’esthétique, Shanghai : Éditions du Peuple, 2005, p. 81.

5. Hegel, Esthétique, tome I, traduit par Zhu Guangqian, Taipei : Liren, 1981, p. 188.

6. Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 651.

7. Yang Chunlin et Liu Fan, dir., Grand dictionnaire de l’art rhétorique de la langue chinoise, Xi’an : Éditions du Peuple du Shaanxi, 1991, p. 1221.

8. Cheng Weijun et deux autres auteurs, dir., Encyclopédie de la rhétorique, Taipei : Jianhong, 1991, p. 761.

9. Lei Shujuan, Esthétique et rhétorique du langage littéraire, Shanghai : Xuelin, 2004, p. 99.

10. Tang Songbo et Huang Jianlin, dir., Grand dictionnaire des figures de style de la langue chinoise, Taipei : Jianhong, 1996, p. 805.

11. Lu Jiaxiang et Chi Taining, dir., Dictionnaire explicatif des procédés rhétoriques, Hangzhou : Éditions pédagogiques du Zhejiang, 1991, p. 40.

12. Même référence que la note 9, p. 74.

13. Yang Chunlin et Liu Fan, dir., Grand dictionnaire de l’art rhétorique de la langue chinoise, Xi’an : Éditions du Peuple du Shaanxi, 1991, p. 1221.

14. Lu Jiaxiang et Chi Taining, dir., Dictionnaire explicatif des procédés rhétoriques, Hangzhou : Éditions pédagogiques du Zhejiang, 1991, p. 40.

15. Huang Lizhen, Rhétorique pratique, Taipei : Guojia, 2004, p. 417.

16. Même référence que la note 3, pp. 838–839.

17. Même référence que la note 3, p. 761.

18. Même référence que la note 13, p. 586.

19. Wu Zhankun, dir., Étude générale des figures de style courantes, Shijiazhuang : Éditions pédagogiques du Hebei, 1990, p. 219.

20. Huang Lizhen, Rhétorique pratique, Taipei : Guojia, 2004, p. 413.

21. Extrait de Xin Yu, Recueil de poèmes de Xin Yu : Le Léopard, Taipei : Hanguang, 1988, pp. 61–63.

22. Extrait de Yu Guangzhong, Sélection de poèmes de Yu Guangzhong, volume II : 1982–1998, Taipei : Hongfan, 1981, pp. 165–167.

23. Extrait de Sélection de poèmes de Wu Sheng, Taipei : Hongfan, 2000, pp. 41–43.

24. Huang Lizhen, Rhétorique pratique, Taipei : Guojia, 2002, p. 414.

25. Extrait de Yu Guangzhong, Sélection de poèmes de Yu Guangzhong I, Taipei : Hongfan, 1981, pp. 208–220.

26. Extrait de Xiang Ming, Souvenirs de l’eau, Taipei : Jiuge, 1988, pp. 204–205.

27. Extrait de Ye Weilian, Le goût de la pluie, Taipei : Erya, 2006, pp. 81–88.

28. Huang Lizhen, Rhétorique pratique, Taipei : Guojia, 2002, p. 416.

29. Extrait de Luo Ying, Le capteur de nuages, Taipei : Linbai, 1982, pp. 113–114.

30. Extrait de Zhang Cuo, Quatorze sonnets erronés, Taipei : China Times Publishing, 1981, pp. 10–13.

31. Cheng Weijun et deux autres auteurs, dir., Encyclopédie de la rhétorique, Taipei : Jianhong, 1991, p. 839.

32. Huang Lizhen, Rhétorique pratique, Taipei : Guojia, 2002, p. 417.

33. Extrait de Luo Qing, Poétique de la vidéo, Taipei : Shulin, 1988, pp. 105–109.

34. Extrait de Zhang Cuo, dir., L’île aux mille mélodies, Taipei : Erya, 1987, pp. 38–47.

35. Extrait de Zhang Mo, Anthologie poétique du siècle de Zhang Mo, Taipei : Erya, 2000, pp. 12–13.

36. Extrait de Luo Qing, Poétique de la vidéo, Taipei : Shulin, 1988, pp. 115–119.

37. Extrait de Zhang Cuo, dir., L’île aux mille mélodies, Taipei : Erya, 1987, p. 48.

38. Extrait de Ya Xian, Recueil de poèmes de Ya Xian, Taipei : Hongfan, 1981, pp. 152–154.

39. Extrait de Ya Xian et autres éditeurs, Anthologie poétique de la Genèse, Taipei : Erya, 1984, pp. 96–98.

40. Extrait de Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I : 1951–1968, Taipei : Hongfan, 1979, pp. 163–164.

41. Extrait de Zhang Cuo, dir., L’île aux mille mélodies, Taipei : Erya, 1987, pp. 471–473.

42. Extrait de Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I : 1951–1968, Taipei : Hongfan, 1979, pp. 130–132.

43. Cheng Weijun et deux autres auteurs, dir., Encyclopédie de la rhétorique, Taipei : Jianhong, 1991, p. 841.

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