〈Across the Water〉
The reeds are lush; last night's dew
is a silent note, congealed into snowy pearls.
From the long leaves of the musical staff, it falls.
Some roll upon the muddy shore.
Some fall upon the water, ringing softly.
I sit withered on the farther bank of the river,
taking out the love poems you once wrote and reading them closely.
I linger and ponder among the images of every line,
straining to imagine, across the water,
you, a girl as enigmatic as a riddle.
It is the wind that combs the silvergrass
into waves of water, tender and sorrowful.
It is the flowing stream that transforms longing into splashing blossoms,
glimmering before me, singing in a low, gentle voice.
.
Following the winding river upstream,
your singing is limpid and vividly alive.
It carries the faint cool fragrance of flower buds.
Its quiet desolation cannot but stir my reverie.
Perhaps you once had a beloved,
to whom you pledged your life, wandering
to a distant land, a migratory bird gone astray,
forgetting the promise to return home to you.
Or perhaps he had already given his heart to another,
and married a woman in a foreign land.
.
You, the maiden cradled by the waves of silvergrass,
visible from afar, yet beyond my reach; attainable,
yet forever beyond possession—such nearness and distance.
I know that stubbornly loving only you
would become a wound engraved upon my soul.
Yet how could I bear to leave you all alone,
trapped within a story of beautiful sorrow,
woven by a fate of endless hardships
into a cold, immeasurable vastness beyond all interpretation…
Poème français
〈De l'autre côté de l'eau〉
Les roseaux sont d'un vert profond ; la rosée de la nuit dernière
est une note silencieuse, figée en perles de neige.
Des longues feuilles de la portée musicale, elle tombe.
Certaines roulent sur la grève boueuse.
Certaines tombent sur l'eau, tintant doucement.
Je demeure immobile sur l'autre rive du fleuve,
reprenant les poèmes d'amour que tu écrivais autrefois pour les relire.
J'erre et médite parmi les images de chaque vers.
Je m'efforce d'imaginer, de l'autre côté de l'eau,
toi, jeune fille mystérieuse comme une énigme.
C'est le vent qui coiffe les fleurs de miscanthus
en vagues d'eau sensibles et mélancoliques.
C'est le courant qui change la tristesse en gerbes d'eau,
scintillant devant moi, chantant à voix basse.
.
En remontant le cours sinueux de la rivière,
ton chant est limpide et saisissant.
Il répand le parfum discret et frais des boutons de fleurs.
Sa douce mélancolie éveille malgré moi mes rêveries.
Peut-être as-tu jadis connu un bien-aimé,
à qui tu t'étais promise pour la vie, parti errer
vers un pays lointain, tel un oiseau migrateur égaré,
oubliant sa promesse de revenir auprès de toi.
Ou peut-être avait-il déjà changé de cœur,
et épousé une femme d'une terre étrangère.
.
Toi, la jeune fille portée par les vagues de miscanthus,
visible au loin, mais impossible à atteindre ; rencontrée,
mais à jamais hors d'espérance, dans cette proximité insaisissable.
Je sais que m'obstiner à ne t'aimer que toi
serait une blessure gravée au plus profond de mon être.
Pourtant, comment pourrais-je supporter de te laisser seule,
prisonnière d'une histoire d'une beauté douloureuse,
tissée par un destin semé d'épreuves
en une immensité glacée, impossible à déchiffrer…