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Chapitre VII. La représentation vive dans les œuvres du poète vagabond Zheng Chouyu Première section : Le style lyrique narratif de Zheng Chouyu I. Le style lyrique narratif Parmi les nouveaux poètes de Taïwan, Zheng Chouyu est célèbre sous le titre élogieux de « vagabond ». Son style poétique est romantique et lyrique, et son ton sensible continue encore aujourd’hui à séduire de nombreux lecteurs. Dans les œuvres poétiques de Chouyu, de nombreux poèmes remarquables contiennent des histoires romantiques et sensibles ; la structure narrative est ainsi devenue une caractéristique de son style poétique. L’auteur de cette étude a remarqué qu’il recourt fréquemment au procédé de la « représentation vive » pour organiser le temps et l’espace, se déplaçant sans cesse d’un temps et d’un espace à l’autre, dans le but de faire apparaître les scènes spatio-temporelles propres à la narration. II. Les types d’expression de la représentation vive « La représentation vive consiste à présenter des choses qui, en réalité, ne peuvent être ni vues ni entendues comme si elles étaient vues et entendues. Ce qui est dit comme n’étant ni vu ni entendu peut soit appartenir au passé, soit se situer dans l’avenir, soit relever d’une figure de style extraordinaire qui dépasse le temps et l’espace réels et la réalité. »¹ « La représentation vive consiste, grâce à l’imagination de l’auteur, à décrire des choses qui, en réalité, ne peuvent être ni vues ni entendues comme si elles étaient vues et entendues. »² En tant que figure rhétorique permettant de transformer les scènes temporelles et spatiales, la représentation vive consiste concrètement à « utiliser les procédés du souvenir, de l’anticipation et de l’imagination pour faire apparaître de manière vivante des événements passés, futurs ou se produisant à ce moment-là dans un autre lieu ».³ Selon les transformations du temps et de l’espace, la « représentation vive » se divise en trois types : (1) le rappel du passé, (2) la prophétie de l’avenir, et (3) l’imagination projetée sur le présent. La nature de la « représentation vive » tend vers la narration et la description et cherche à être « concrète et vivante », afin de donner au lecteur une « impression de présence ». Avec une telle atmosphère de « vivre soi-même la scène et d’avoir la situation devant les yeux », l’œuvre poétique peut davantage intégrer une structure narrative, permettant au lecteur de suivre l’histoire et l’intrigue. Zheng Chouyu aime utiliser la « représentation vive » pour transformer les scènes temporelles et spatiales et construire une structure narrative, afin d’approfondir la lisibilité de ses œuvres. Deuxième section : Les procédés de représentation vive de Zheng Chouyu I. Le rappel du passé : la représentation vive rétrospective « Elle consiste à faire réapparaître dans le présent des événements passés. Les choses que l’on souhaite se remémorer peuvent appartenir à toutes les époques et concerner n’importe qui ; mais dès que l’on entre dans le souvenir, le temps et l’espace se transforment tous deux simultanément pour retourner dans le passé. »⁴ « La représentation vive rétrospective ne consiste pas à faire réapparaître sans but ni conscience les choses du passé, mais, sur la base d’une imagination créatrice, à exprimer intentionnellement des expériences inoubliables ou auxquelles on reste attaché. »⁵ La représentation vive rétrospective n’est pas limitée par le temps ni par l’espace ; elle décrit le passé de manière vivante, comme s’il se trouvait devant les yeux, et recourt principalement au souvenir. « Souvenir de vent et de pluie »⁶ La rosée est devenue plus lourde, Je me souviens du petit sentier au bord de la rivière, sous le vent et la pluie, La rosée est devenue trop lourde, comme des perles de larmes roulant au bord des lèvres. Ce poème est principalement écrit au moyen d’une technique de remémoration. Dès le troisième vers de la première strophe apparaît l’expression « je pense à toi… », qui constitue un indice de la rétrospection et fait entrer le poème dans la « représentation vive rétrospective », faisant revenir le temps et l’espace « du présent vers le passé ». Les vers suivants, « Je pense aux jours où les épis tombaient, je pense à ces petites choses / Je pense à ta silhouette immobile, tes cheveux courts balayés par le vent / Je pense à toi tirant sur le bord de ta jupe en disant : “Je suis fatiguée…” », ainsi que, dans la strophe suivante, « Je me souviens du petit sentier au bord de la rivière, sous le vent et la pluie », « Je me souviens que, vexée, tu te laissas tremper par la pluie et dis : », « Je me souviens encore de notre traversée du Xiangshui », « Je me souviens encore que tu dis, mélancolique : », etc., sont tous des scènes anciennes et des événements passés qui sont recréés grâce au souvenir. D’une part, le poète cherche ainsi à maintenir la continuité du temps « passé » qu’il raconte ; d’autre part, il rappelle au lecteur que les scènes et les événements précédents se sont tous produits dans un temps et un espace passés. Ainsi, à chaque changement de scène et à chaque tournant de l’événement, il prend soin d’ajouter des « marqueurs du passé » tels que « je pense à toi », « je me souviens » et « je me souviens encore ». « Fils de pluie »⁷ Notre amour Ce poème, « Fils de pluie », dès son ouverture, utilise la comparaison explicite « pluie » pour faire entrer le lecteur dans les temps passés. À travers « Nous avons jadis joué dans la grande forêt transparente / Nous avons jadis trempé nos pieds dans le petit ruisseau sans eau », on comprend que le temps et l’espace sont au « passé ». Ce poème utilise une narration rétrospective fondée sur le souvenir et déploie progressivement le récit d’un amour passé. À la fin, le mot « à présent », marqueur du « présent », ramène le temps et l’espace des souvenirs du passé vers la réalité présente, et cette réalité semble être pénible à affronter. II. La prophétie de l’avenir : la représentation vive prophétique La représentation vive prophétique consiste à « présenter les événements futurs comme s’ils se trouvaient devant les yeux, comme s’ils pouvaient être vus et entendus ».⁸ « Elle consiste à présenter les événements futurs comme s’ils se trouvaient devant les yeux, comme s’ils pouvaient être vus et entendus. Elle est exactement opposée, dans le temps, à la représentation vive rétrospective. »⁹ La raison pour laquelle l’auteur peut prévoir les événements futurs tient principalement au fait qu’il déduit leur possibilité d’apparition à partir des lois ordinaires du développement des choses et qu’il en fait une description imagée ; ou bien, à partir des souhaits subjectifs ou des conjectures de l’auteur ou des personnages, il décrit les scènes de la vie future afin d’exprimer les aspirations, les recherches et les idéaux tournés vers l’avenir. « Les possibilités de la neige »¹⁰ Ah, dors. La scène temporelle et spatiale de ce poème est précisément à l’opposé de celle du poème précédent, « Souvenir de vent et de pluie » : il s’agit d’un futur imaginé et virtuel. Le procédé d’expression utilisé par le poète est précisément la « représentation vive prophétique ». Le lecteur peut comprendre, à travers les expressions « sera comme », « viendra de » et « commencera certainement », qui sont des « marqueurs du futur », ainsi qu’à travers l’adverbe temporel futur « demain », que le poète imagine les scènes qui pourraient apparaître demain et les événements qui pourraient alors se produire. « L’Hôtel de la frontière »¹¹ Le territoire de l’automne, À partir du vers « Comme il aimerait franchir la frontière », commence la « représentation vive prophétique ». Dans l’imagination au futur, boire et chanter servent à soulager cette nostalgie hésitante et indécise qui remplit la poitrine ; tout cela est imaginé par l’auteur, sous la forme d’une « prophétie », pour le protagoniste du poème. Quant à savoir si le protagoniste fera réellement, conformément aux prévisions de l’auteur, ce qu’il imagine — s’asseoir pour boire et chanter —, il n’est pas nécessaire d’aller chercher plus loin la réponse. III. L’imagination projetée sur le présent : la représentation vive par projection « La représentation vive par projection consiste, dans le temps présent, à ce que les pensées et les sentiments imaginent soudain une situation située dans un autre espace ; autrement dit, le temps ne change pas et, par le pouvoir de l’imagination, on a l’impression de voir les personnages et les événements d’un autre espace. La représentation vive par projection exprime des sentiments et des émotions intenses et décrit les scènes imaginées comme si elles se trouvaient devant les yeux. »¹² « Autrement dit, qu’une chose ait ou non existé dans le passé, qu’elle se produise ou non dans l’avenir, on décrit ce que l’on imagine comme si cela se trouvait devant les yeux, avec des personnages et des événements qui semblent réellement exister. Elle repose, comme la représentation vive rétrospective et la représentation vive prophétique, sur l’imagination et occupe un espace, mais elle rompt avec les contraintes temporelles auxquelles sont soumises la représentation vive rétrospective et la représentation vive prophétique. Certaines de ces scènes naissent dans des circonstances particulières tout en étant impossibles à réaliser ; elles ne font qu’exprimer, à un moment donné, une certaine pensée subjective ou un certain état psychologique de l’être humain. »¹³ La représentation vive par projection désigne le fait que l’auteur décrit, dans le présent, des personnages et des événements situés dans un autre espace au moyen de l’imagination. Par nature, elle relève de la pensée subjective ou de l’état psychologique de l’auteur ; que les choses aient ou non existé dans le passé, qu’elles se produisent ou non dans l’avenir, elle permet de se déplacer librement d’un espace à l’autre. Zheng Chouyu, « Don d’adieu »¹⁴ Cette fois, lorsque je te quitte, c’est le vent, c’est la pluie, c’est la nuit. À cette heure, je pense que tu es déjà rentrée chez toi, au bord de la rivière. Cette fois, lorsque je te quitte, je ne chercherai plus à te revoir, je pense qu’à cette heure tu dors déjà paisiblement. Laissons tout ce qui est resté inachevé entre nous à ce monde, Dans ce poème, « Don d’adieu », le poète se situe dans le « temps présent », mais, en raison de l’emploi de la « représentation vive par projection », la scène se divise en deux et fait apparaître deux lignes narratives. La première est la scène dans laquelle l’auteur se trouve actuellement, à savoir « tandis que mon retour sous le vent et la pluie est encore long / les montagnes se sont retirées très loin, la plaine déserte s’est étendue davantage », ainsi que « ce monde, je continue à le fouler très concrètement ». La seconde est constituée par les mouvements et les gestes que l’auteur « suppose » que le « tu » du poème est « peut-être » en train d’accomplir à ce moment-là, à savoir « tu es déjà rentrée chez toi, au bord de la rivière », « en train de peigner tes longs cheveux ou de remettre en ordre tes vêtements mouillés », ainsi que « il est déjà devenu ton rêve ». Dès le troisième vers de la première strophe, « et une route solitaire s’étend désormais vers ses deux extrémités », l’auteur a déjà semé le présage de la « représentation vive par projection ». Dans les vers suivants, il emploie également des « expressions indicatrices de la supposition », telles que « à cette heure, je pense » et « je t’imagine ». Le lecteur peut ainsi trouver les indices à partir de ces expressions. « La petite île »¹⁵ La petite île où tu habites, je pense à elle en ce moment. Là-bas, tout appartient aux tropiques, tout appartient au royaume du vert. Sur le sable peu profond, des bancs de poissons multicolores viennent toujours se reposer. Les petits oiseaux font résonner les branches, comme le mouvement des touches d’un piano. Là-bas, toutes les falaises aiment contempler au loin, drapées de longues lianes retombant comme des cheveux. Là-bas, toutes les prairies savent attendre, parsemées de fleurs sauvages comme des fruits sur un plateau. Là-bas, le soleil qui baigne ton corps est bleu, la brise marine est verte. Alors ta santé est luxuriante, ton amour est lent et paisible. L’humour des nuages et le rire discret du tonnerre, la musique dansante des forêts et le chant froid des ruisseaux. La petite île où tu habites, je peux difficilement la décrire. Je ne peux peindre la légère secousse de terre qui accompagne la sieste de l’après-midi là-bas. Si j’y allais, j’emporterais ma flûte et mon bâton de berger. Alors je serais le petit berger et toi le petit agneau. Ou bien, si j’y allais, je me transformerais en luciole, et de toute ma vie je t’allumerais une lampe. Le poète pense avec nostalgie à son amante qui habite sur une petite île. Cette nostalgie « simultanément dans des lieux différents » se déroule à l’origine dans l’esprit du poète, mais, grâce à la « représentation vive par projection », le poète décrit clairement les images qui surgissent dans son esprit et, sur l’arche de l’imagination, conduit le lecteur à découvrir les paysages lumineux et enchanteurs de l’île. Dans la dernière partie, il adopte ensuite la manière de la « prophétie » : il dit que, s’il allait lui-même sur l’île à la recherche de son amante, il emporterait avec lui sa flûte et son bâton de berger, ou bien qu’il accepterait volontiers de se transformer en luciole afin de rester éternellement auprès de son amante. Traverser le temps et l’espace : l’emploi combiné des trois types de représentation vive L’emploi de la figure rhétorique de la « représentation vive » permet de se déplacer librement à travers différents temps et espaces. Ainsi, si l’on maîtrise les trois types que sont le « rappel du passé », la « prophétie » et l’« imagination projetée », on peut rassembler différents temps et espaces et, à l’intérieur de cet ensemble, raconter, décrire des paysages et exprimer des sentiments, comme dans un film multimédia qui ferait apparaître différentes images sur un même écran. Notes (1) Chen Wangdao, Fondements de la rhétorique, Hong Kong : Daguang, 1964, p. 127. (2) Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 305. (3) Huang Lizhen, Rhétorique pratique (édition augmentée et révisée), Taipei : Guojia, 2004, p. 60. (4) Huang Lizhen, Rhétorique pratique (édition augmentée et révisée), Taipei : Guojia, 2004, p. 61. (5) Cheng Weijun et deux autres auteurs (dir.), Encyclopédie générale de la rhétorique, Beijing : Zhongguo Qingnian, 1991, p. 655. (6) Extrait de Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I : 1951-1968, Taipei : Hongfan, 1979, p. 127-129. (7) Extrait de Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I, Taipei : Hongfan, 1979, p. 115-116. (8) Huang Lizhen, Rhétorique pratique (édition augmentée et révisée), Taipei : Guojia, 2004, p. 63. (9) Cheng Weijun et deux autres auteurs (dir.), Encyclopédie générale de la rhétorique, Beijing : Zhongguo Qingnian, 1991, p. 655. (10) Extrait de Zheng Chouyu, Les possibilités de la neige, Taipei : Hongfan, 1985, p. 130-134. (11) Extrait de Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I : 1951-1968, Taipei : Hongfan, 1979, p. 241-242. (12) Huang Lizhen, Rhétorique pratique (édition augmentée et révisée), Taipei : Guojia, 2004, p. 66. (13) Cheng Weijun et deux autres auteurs (dir.), Encyclopédie générale de la rhétorique, Beijing : Zhongguo Qingnian, 1991, p. 655. (14) Extrait de Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I : 1951-1968, Taipei : Hongfan, 1979, p. 130-132. (15) Extrait de Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I : 1951-1968, Taipei : Hongfan, 1979, p. 92-93. |
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