字體:小 中 大 |
|
|
|
| 2026/08/28 17:17:42瀏覽12|回應0|推薦0 | |
Chapitre 13 : L’interrogation de l’image L’interrogation et la question rhétorique Première section : Les types de phrases interrogatives et dialogiques Lorsque le poète recourt à des images pour poser des questions dans son écriture, il emploie, dans le poème, des constructions interrogatives pour exprimer ses propres doutes et lancer des questions au lecteur afin d’en solliciter les réponses. Que l’intention de l’auteur soit de poser délibérément une question alors qu’il connaît déjà la réponse, de poser volontairement une question alors qu’il n’a aucun doute, de se poser une question à lui-même et d’y répondre, ou encore de poser une question sans y répondre, toutes ces formes relèvent de l’interrogation. Selon leur nature, les interrogations se présentent sous deux formes : la question rhétorique à réponse fournie par l’auteur lui-même, et la question rhétorique sans réponse explicite. Dans les deux cas, elles visent à souligner un certain point de vue, à attirer l’attention du lecteur et à l’inciter à réfléchir. Dans les œuvres des poètes de la poésie moderne, l’emploi de phrases interrogatives et dialogiques pour dynamiser la syntaxe, renforcer l’élan verbal et attirer l’attention du lecteur est extrêmement fréquent. Les phrases interrogatives et dialogiques se répartissent en six catégories : (1) l’interrogation, (2) la question rhétorique avec réponse, (3) la question rhétorique sans réponse, (4) l’interrogation simulée, (5) la question insolite et (6) la question suggestive. Les cinq dernières constituent des figures de rhétorique. L’auteur en donnera des exemples et analysera principalement la question rhétorique avec réponse et la question rhétorique sans réponse, deux figures fréquemment employées. I. L’interrogation : également appelée « question suspendue », il s’agit d’une phrase interrogative exprimant un véritable doute intérieur et relevant de l’interrogation ordinaire : « Dans une question ordinaire, celui qui interroge éprouve réellement un doute intérieur ; la question ne procède pas d’une supposition. »1 II. La question rhétorique avec réponse : elle consiste à se poser une question et à y répondre soi-même. On commence par poser une question afin d’éveiller la curiosité et l’attention de l’interlocuteur, puis on fournit soi-même la réponse. III. La question rhétorique sans réponse : également appelée « question stimulante », elle exprime une affirmation certaine sous la forme d’une question. L’auteur n’y répond pas lui-même, mais la réponse se trouve nécessairement à l’opposé de la question. IV. L’interrogation simulée : « L’interrogation simulée n’est ni une question à laquelle on répond soi-même, ni une question rhétorique sans réponse, et encore moins une interrogation ordinaire destinée à obtenir une réponse d’autrui. Elle consiste à imiter le ton interrogatif et à construire une phrase interrogative pour énoncer une affirmation, principalement afin de développer l’imagination, d’éveiller la réflexion et d’exprimer les sentiments. »2 V. La question insolite : « La question insolite consiste, en s’appuyant sur le contexte, à poser délibérément une question étrange qui n’appelle aucune réponse, afin de rendre le langage vivant et singulier, de lui conférer de l’intérêt et de créer une atmosphère poétique. »3 La question insolite « est également une question rhétorique qui n’exige pas de réponse. En réalité, la question posée est extrêmement étrange et ne peut recevoir de réponse ; elle produit entièrement un effet rhétorique, donnant à l’expression une grande vivacité, une grande singularité et un caractère ludique. »4 VI. La question suggestive : « Il s’agit, dans un dialogue, et particulièrement dans un débat, d’utiliser une phrase interrogative pour orienter le raisonnement de l’interlocuteur dans la direction souhaitée par celui qui pose la question. Pour celui qui interroge, cette question relève de la question rhétorique, mais elle doit nécessairement attendre la réponse de l’interlocuteur. »5 Deuxième section : Les formes d’expression des phrases interrogatives et dialogiques I. La question rhétorique avec réponse 1. Définition et exemples de la question rhétorique avec réponse (1) Définition « Dans le discours et dans l’écriture, au lieu d’adopter la forme habituelle de l’énoncé direct, on recourt délibérément au ton interrogatif afin de mettre en relief une idée, d’attirer l’attention, voire de susciter la réflexion, et ainsi de provoquer des remous dans le discours ou dans le texte : telle est la méthode rhétorique de la question rhétorique avec réponse. »6 En tant que moyen de transmission des messages, le langage possède une double propriété, celle de « stimulation » et celle de « réaction ». La « question rhétorique avec réponse » appartient au domaine du langage comme « stimulation ». « La question posée dans cette figure contient déjà la réponse déterminée par l’auteur, de sorte qu’il n’est pas nécessaire qu’une autre personne y réponde ; c’est également à lui seul de décider s’il répondra ou non à la question. Lorsqu’il y répond, il s’agit d’une “question-réponse à soi-même”. La question comme la réponse ne servent qu’à souligner le sens de son propos. Répondre soi-même à la question permet certes au lecteur de comprendre directement ce que l’auteur voulait demander ; ne pas y répondre lui laisse au contraire un espace pour réfléchir et comprendre par lui-même, ce qui confère au sens et à l’émotion du texte une résonance plus subtile. »7 La question rhétorique avec réponse remplit notamment les fonctions suivantes : (1) placée au début du texte, elle permet d’introduire le thème général ; (2) placée à la fin, elle crée une résonance persistante ; (3) utilisée au début et à la fin, elle constitue un effet d’écho entre l’ouverture et la conclusion ; (4) répétée sous forme de questions successives, elle renforce l’élan et la puissance du langage ; (5) formulée comme une question, elle peut conduire l’interlocuteur à adhérer au point de vue proposé.8 « Si l’on divise grossièrement les formes d’énoncés en quatre catégories — phrases narratives, phrases déclaratives, phrases assertives et phrases interrogatives et dialogiques —, parmi ces quatre formes, les phrases interrogatives et dialogiques présentent le plus de rebondissements et renforcent le ton ; elles sont donc celles qui attirent le plus fortement l’attention. Les phrases déclaratives et assertives viennent ensuite, tandis que les phrases narratives sont les moins efficaces à cet égard. »9 La poésie et les textes versifiés étant composés dans une langue écrite, leur recours à l’interrogation permet d’éveiller la curiosité du lecteur et de retenir son attention. (2) Exemples de question rhétorique avec réponse Les poètes et auteurs de textes versifiés ont fréquemment recours aux phrases interrogatives. Ainsi, dans le poème de Du Fu, sous les Tang, intitulé « Pensées écrites durant une nuit de voyage », on lit : « Comment pourrais-je ressembler à quelque chose, ballotté ainsi ? À une mouette solitaire entre le ciel et la terre. » Le dernier distique exprime, sous la forme d’une question, la douleur de l’errance et de l’exil ; le poète se pose la question et y répond lui-même, laissant une résonance infinie qui émeut profondément le lecteur. De même, dans « En réponse à Ziyou : souvenirs de Mianchi », de Su Shi, sous les Song, on lit : « À quoi ressemble donc la vie, où que l’on aille ? Elle ressemble sans doute aux traces d’une oie sauvage dans la neige. » Le premier vers, « À quoi ressemble donc la vie, où que l’on aille ? », commence par une question rhétorique fondée sur une comparaison, éveillant immédiatement la curiosité du lecteur et renforçant l’effet expressif. « Elle ressemble sans doute aux traces d’une oie sauvage dans la neige » constitue la réponse immédiate de l’auteur au lecteur et « résume le sentiment d’une existence errante et incertaine, suffisamment universel pour susciter une vaste résonance ».10 De même encore, dans le poème « Yu Meiren » de Li Houzhu, c’est-à-dire Li Yu, on lit : « Demande-moi combien j’ai de chagrin. Il est semblable à un fleuve printanier qui coule vers l’est. » Combien de chagrin peut-il donc y avoir ? Le poète se pose la question et y répond lui-même en disant que son chagrin ressemble à un fleuve printanier coulant vers l’est, interminable, tumultueux et sans cesse en mouvement. Entre la question et la réponse, le sentiment abstrait devient une image concrète et sensible, tandis qu’une infinie mélancolie se transmet à travers le cours du fleuve et se perpétue à travers les âges. La question rhétorique avec réponse « se distingue de la phrase interrogative ordinaire. La question ordinaire est posée parce qu’il existe un doute et qu’elle vise à dissiper ce doute. La question rhétorique avec réponse, au contraire, est posée alors que l’auteur connaît déjà la réponse ; son but est de souligner le sens de l’énoncé, d’attirer l’attention du lecteur et de l’amener à réfléchir et à ressentir. »11 Puisque l’auteur construit volontairement la question en fonction de ses besoins expressifs, la réponse qui suit, qu’elle soit donnée par lui-même ou que la question reste sans réponse, est en réalité déjà prête à surgir. « On pose une question parce qu’on éprouve un doute, puis on dissipe ce doute grâce à la réponse. C’est là le premier effet de la question rhétorique avec réponse, mais ce n’est pas son seul effet ; il faut aussi savoir susciter le doute dans l’esprit d’autrui, puis chercher à résoudre ce doute : c’est précisément le rôle de la “question rhétorique fondée sur une conviction intérieure”. »12 « La question rhétorique née d’un véritable doute intérieur sert à dissiper son propre doute ; celle qui repose sur une conviction déjà établie sert à dissiper le doute d’autrui. »13 2. La structure formelle de la question rhétorique avec réponse La « question rhétorique avec réponse » expose une pensée ou une conception affective au moyen d’une « question suivie de sa propre réponse ». La question stimulante est posée afin de faire ressortir l’idée essentielle et, que la réponse soit explicitement donnée ou non, celle-ci se trouve nécessairement dans le sens inverse de la question.14 « Outre la question qui est immédiatement suivie de sa réponse — c’est-à-dire la question rhétorique avec réponse —, il existe également une forme où la question est posée sans réponse ; mais lorsqu’on y réfléchit attentivement, la réponse se trouve dans le sens inverse et apparaît de manière assez évidente. »15 La question rhétorique avec réponse et la question rhétorique sans réponse se distinguent de la manière suivante : (1) Sur le plan formel, la première peut prendre la forme d’une question suivie d’une réponse donnée par l’auteur, ou d’une question sans réponse explicite dont la réponse se trouve en dehors de la question ; la seconde doit nécessairement être une question sans réponse explicite, dont la réponse est déjà contenue dans la question elle-même : elle réunit ainsi la question et la réponse en une seule formulation, étant à la fois phrase interrogative et phrase assertive. (2) La question rhétorique avec réponse n’exprime en elle-même ni affirmation ni négation ; la question rhétorique sans réponse exprime clairement une affirmation ou une négation. (3) La question rhétorique sans réponse vise à renforcer le ton et à exprimer son propre point de vue sur un mode catégorique et incontestable ; la question rhétorique avec réponse vise à attirer l’attention et la réflexion du lecteur afin de mieux raconter, expliquer ou argumenter un problème.16 3. Les formes d’expression de la question rhétorique avec réponse « Selon la nature de la question rhétorique avec réponse, on peut distinguer trois catégories : la question rhétorique à visée stimulante, la question rhétorique à visée emphatique et la question rhétorique à visée lyrique. »17 Selon le nombre de questions et de réponses, elle peut également être divisée en deux grandes formes : (1) la forme à question unique, comprenant « une question et une réponse » et « une question et plusieurs réponses » ; (2) la forme à questions successives, comprenant « plusieurs questions et une réponse » et « plusieurs questions et plusieurs réponses ». (1) Selon la nature de la question
(2) Selon le nombre de questions
(1) Une question, une réponse : après une question unique vient immédiatement une réponse donnée par l’auteur lui-même. Cette forme est extrêmement fréquente dans la poésie et les textes versifiés, notamment dans les quatrains réguliers et les poèmes réguliers à cinq ou sept caractères, où le nombre de vers est limité. Lorsqu’une question rhétorique y est employée, elle adopte généralement la forme « une question, une réponse ». Ainsi, dans le poème de Zhu Xi, sous les Ming, intitulé « Méditation suscitée par la lecture », on lit : « Un bassin carré d’un demi-mou s’ouvre comme un miroir limpide ; la lumière du ciel et les ombres des nuages y errent ensemble. Comment peut-il être aussi limpide ? Parce qu’une eau vive vient de sa source. » « Ce n’est qu’en considérant le titre du poème que l’on comprend que le bassin reflétant le ciel dans la première moitié du poème n’est qu’une comparaison. Grâce à cette comparaison, la lecture apparaît comme l’eau vive qui nourrit la source de la culture intérieure de l’être humain. Le sens devient clair, et le recours à la forme d’une question suivie d’une réponse laisse une impression profonde. »18 Dans la poésie et les textes versifiés, lorsqu’un poème commence par une question, celle-ci peut immédiatement attirer le regard du lecteur et créer une atmosphère de suspense. Ainsi, dans le premier vers de « Fort McKinley », Luo Men pose immédiatement une question : « La guerre, assise ici, pleure qui ? », ouvrant ainsi le rideau sur ce poème consacré à la guerre. Luo Fu, « Sans titre : dixième poème »19 Me contraindre à croire à l’autorité C’est comme me contraindre à croire en une urne funéraire ornée de motifs ajourés Tu dis que j’ai peur qu’on frappe à la porte au milieu de la nuit ? Pas du tout, je suis un célibataire de la pensée Ces vers constituent un dialogue entre le « je » du poète et un « tu », mais les paroles du « tu » sont omises et seule la partie correspondant à la « question rhétorique » du « je » est présentée : « Tu dis que j’ai peur qu’on frappe à la porte au milieu de la nuit ? » Le poète utilise cette question pour confirmer le contenu de la question posée par le « tu », puis lui répond par une phrase négative : « Pas du tout, je suis un célibataire de la pensée. » Dans les vers poétiques, l’emploi de la question rhétorique avec réponse permet de se poser une question et d’y répondre soi-même, renforçant ainsi le ton ; comparée à une narration simplement linéaire, cette forme attire plus facilement l’attention du lecteur. Luo Fu, « Onze poèmes offerts »20 Il n’est pas grand, mais il dépasse toutes les fenêtres Vu avec un regard froid, l’histoire n’est faite que de choses sans rapport Pourquoi le coin de ta bouche doit-il se tordre vers le nord-nord-ouest ? Il dit que c’est précisément l’inclinaison de la Voie lactée Dans les deux premiers vers, le poète commence par taquiner son ami : « Il n’est pas grand, mais il dépasse toutes les fenêtres » est une « expression contradictoire » qui comporte une nuance de raillerie à l’égard de son interlocuteur. Le poète poursuit ensuite sur un ton espiègle en demandant à son ami : « Pourquoi le coin de ta bouche doit-il se tordre vers le nord-nord-ouest ? » Son ami répond à son tour par une parade habile : « C’est précisément l’inclinaison de la Voie lactée. » Les deux hommes se répondent ainsi l’un à l’autre ; le poète n’a pas réussi à prendre l’avantage, mais son ami ne s’est pas non plus offensé. Il a au contraire déjoué l’attaque avec beaucoup d’habileté, préservant à la fois la dignité du poète et la sienne propre. (2) Une question, plusieurs réponses : la réponse à la question se trouve dans plusieurs phrases liées entre elles par leur contenu ; ces phrases doivent généralement présenter une relation de parallélisme ou de gradation. Zhang Cuo, « Confier ses sentiments — Le cœur printanier de Wangdi confié au coucou »21 Comment arranger ce visage et ce regard où l’aube vient à peine de poindre et où les larmes refusent de couler ? Je sais que tu t’es endormie, après avoir aimé ou après n’avoir pas aimé, tu t’es endormie, et la rencontre après avoir aimé ou après n’avoir pas aimé, doit malgré tout avoir lieu, elle doit encore attendre que tu te réveilles et prennes un bain, pour avoir lieu après que tu auras attendu un autre amant, Face à sa compagne qui s’est éprise d’un autre, alors qu’elle dort et qu’il ne peut lui adresser la parole, le poète ne sait comment affronter la tristesse et la confusion qui l’envahissent. Il ne peut que s’interroger intérieurement, puis imaginer plusieurs réponses possibles : « la rencontre après avoir aimé ou après n’avoir pas aimé doit malgré tout avoir lieu », « elle doit encore attendre que tu te réveilles et prennes un bain, pour avoir lieu après que tu auras attendu un autre amant ». Ces réponses sont sans doute à la fois impuissantes et embarrassantes. La question rhétorique de type « une question, plusieurs réponses » permet de proposer diverses réponses possibles et de développer calmement la narration, tout en exprimant de manière complète la pensée et l’émotion. Yu Guangzhong, « Après cinquante ans »22 La route est longue, c’est précisément le moment de mesurer la puissance du cheval Celui qui se proclame vieux coursier ne devrait pas se coucher dans l’écurie Demande-moi combien de chevaux-vapeur j’ai ? Approche ton oreille et écoute le feu ardent dans ma poitrine Écoute le volcan qui brûle intérieurement sous les sommets enneigés Écoute le moteur à combustion qui tourne sans cesse dans un grondement sourd Une puissance presque impossible à arrêter Après avoir parcouru mille lis, il m’en reste encore quatre cents chevaux Le poète et son ami, deux « vieux messieurs ayant dépassé la soixantaine », sont en train de se lancer des plaisanteries et de rivaliser pour savoir lequel d’entre eux est encore le vieux cheval « endurant, puissant, économique, avec peu de pannes ». Son ami lui demande : « Combien de chevaux-vapeur cette vieille monture peut-elle encore développer ? » Le poète, refusant de se laisser dépasser, répond aussitôt en rafale : « Approche ton oreille et écoute le feu ardent dans ma poitrine », « Écoute le volcan qui brûle intérieurement sous les sommets enneigés », « Écoute le moteur à combustion qui tourne sans cesse dans un grondement sourd », « Une puissance presque impossible à arrêter / Après avoir parcouru mille lis, il m’en reste encore quatre cents chevaux ». La question rhétorique de type « une question, plusieurs réponses » peut également permettre de développer pleinement une analyse ou une argumentation. Chapitre treize : L’interrogation de l’image : Première section : Les types de phrases interrogatives et réponses Lorsque le poète pose des questions au moyen d’images dans son écriture, il utilise dans le poème des structures interrogatives pour exprimer ses propres interrogations et soumettre des questions au lecteur en quête de réponses. Que l’intention de l’auteur consiste à poser délibérément une question alors qu’il connaît déjà la réponse, à poser une question sans véritable doute, à se questionner lui-même pour ensuite répondre, ou à poser une question sans y répondre, toutes ces formes relèvent de l’interrogation. Selon leur nature, les interrogations se présentent sous deux formes : la « question oratoire » (question suivie d’une réponse apportée par celui qui la pose) et la « question rhétorique » (question qui ne reçoit pas de réponse). Dans les deux cas, elles visent à souligner un certain point de vue, à attirer l’attention du lecteur et à l’inciter à réfléchir. Dans les œuvres des poètes modernes, l’emploi de phrases interrogatives pour dynamiser les structures syntaxiques, renforcer l’élan du discours et attirer l’attention du lecteur est extrêmement fréquent. Les phrases interrogatives se divisent en six catégories : (1) l’interrogation, (2) la question oratoire, (3) la question rhétorique, (4) l’interrogation simulée, (5) l’interrogation insolite et (6) l’interrogation inductive. Les cinq dernières constituent des procédés rhétoriques. L’auteur en donnera ici des exemples et analysera plus particulièrement la « question oratoire » et la « question rhétorique », deux procédés couramment employés. I. L’interrogation : également appelée « interrogation suspendue », il s’agit d’une phrase interrogative qui exprime un véritable doute intérieur et appartient à la catégorie des questions ordinaires : « Une question ordinaire naît d’un véritable doute intérieur et ne procède pas d’une supposition. »1 II. La question oratoire : elle consiste à poser une question et à y répondre soi-même. On commence par poser une question afin de susciter la curiosité et l’attention de l’interlocuteur, puis on apporte soi-même la réponse. III. La question rhétorique : également appelée « interrogation stimulante », elle exprime une affirmation sous la forme d’une question. L’auteur n’y répond pas lui-même, mais la réponse se trouve nécessairement à l’opposé de la formulation de la question. IV. L’interrogation simulée : « L’interrogation simulée n’est ni une question à laquelle on répond soi-même, ni une question rhétorique, ni davantage une question ordinaire destinée à obtenir une réponse d’autrui ; elle imite le ton interrogatif et construit une phrase interrogative pour développer une affirmation — elle sert principalement à déployer l’imagination, à ouvrir des pistes de réflexion et à exprimer des sentiments. »2 V. L’interrogation insolite : « L’interrogation insolite consiste, en relation avec le contexte qui précède et celui qui suit, à poser délibérément une question étrange qui n’exige aucune réponse, afin de rendre le langage vivant et singulier, de lui conférer de l’intérêt et de créer une atmosphère poétique. »3 L’interrogation insolite « est également une question oratoire qui n’exige pas de réponse ; en réalité, la question posée est extrêmement singulière et impossible à résoudre. Elle produit entièrement un effet rhétorique qui rend l’expression particulièrement vivante, originale et pleine d’intérêt. »4 VI. L’interrogation inductive : « Dans un dialogue, particulièrement dans un débat, elle consiste à employer une phrase interrogative afin d’orienter le raisonnement de l’interlocuteur vers la conclusion souhaitée par celui qui pose la question. Pour celui qui interroge, cette question relève d’une question oratoire, mais elle doit attendre la réponse de l’interlocuteur. »5 Deuxième section : Les formes d’expression des phrases interrogatives I. La question oratoire 1. Définition et exemples de la question oratoire (1) Définition de la question oratoire « Dans la parole ou dans l’écriture, au lieu d’adopter le mode habituel de l’énoncé direct, on emploie délibérément le ton interrogatif afin de mettre en relief un point de vue, d’attirer l’attention, voire de stimuler la réflexion, faisant ainsi naître des ondulations et des mouvements dans le discours ou dans le texte. »6 Le langage, en tant que moyen de transmission de l’information, possède une double propriété de « stimulation » et de « réaction ». La « question oratoire » est une forme de langage appartenant à la catégorie de la « stimulation ». « Dans une question oratoire, l’auteur présente une réponse qu’il a déjà déterminée ; il n’est donc pas nécessaire qu’une autre personne y réponde. Décide-t-il lui-même de répondre à la question ? Oui, c’est également à lui d’en décider. Lorsqu’il y répond, il s’agit d’une “question et réponse à soi-même”. La question comme la réponse ne servent qu’à renforcer le sens de son propos. Répondre à la question permet certes au lecteur de comprendre directement l’intention de celui qui l’a posée ; ne pas y répondre lui laisse un espace pour réfléchir et comprendre par lui-même, ce qui confère davantage de saveur et de résonance au sens et à l’émotion du texte. »7 Les fonctions de la question oratoire sont les suivantes : (1) l’utiliser au début d’un texte afin d’en faire ressortir le thème général ; (2) l’utiliser à la fin afin de créer une résonance durable ; (3) l’utiliser au début et à la fin afin de créer une structure où le début appelle la fin et la fin répond au début ; (4) employer une succession de questions oratoires afin de renforcer l’élan du langage ; (5) formuler une question afin d’amener l’interlocuteur à partager un point de vue.8 « Si l’on classe sommairement les formes d’expression des phrases en quatre catégories : phrases narratives, phrases exprimant une position, phrases assertives et phrases interrogatives. Parmi ces quatre formes, les phrases interrogatives présentent le plus de mouvement et de relief, renforcent le ton et attirent le plus efficacement l’attention ; viennent ensuite les phrases exprimant une position et les phrases assertives, tandis que les phrases narratives sont les moins efficaces. »9 La poésie est composée dans une langue écrite ; afin de susciter la curiosité du lecteur et d’attirer son attention, l’emploi de la phrase interrogative constitue donc un moyen particulièrement efficace. (2) Exemples de questions oratoires Les poètes et les auteurs de ci utilisent fréquemment les phrases interrogatives. Ainsi, dans le poème de Du Fu de la dynastie Tang, « Pensées écrites durant une nuit de voyage » : « Pourquoi mon nom ne serait-il célèbre que grâce à mes écrits ? Le dernier distique emploie une phrase interrogative pour exprimer la douleur de l’errance et de l’exil. Le poète se questionne lui-même et se répond, laissant une résonance qui semble ne jamais s’éteindre et qui émeut profondément le lecteur. De même, dans le poème de Su Shi de la dynastie Song, « En réponse à Ziyou : souvenirs du passé à Mianchi » : « À quoi ressemble donc la vie, partout où nous allons ? Le premier vers, « À quoi ressemble donc la vie, partout où nous allons ? », ouvre le poème par une question oratoire fondée sur une comparaison, éveillant la curiosité du lecteur et renforçant l’effet de l’expression. « Elle doit ressembler à l’oie sauvage qui laisse une trace sur la neige » constitue la réponse immédiate apportée par l’auteur au lecteur. Cette réponse « résume le sentiment d’une existence errante et incertaine, capable de susciter une vaste résonance chez les lecteurs »10. On peut également citer le poème « La Belle Dame Yu » de Li Houzhu, Li Yu : « Combien de chagrin pensez-vous que je puisse avoir ? Combien de chagrin peut-il donc y avoir ? Le poète se pose la question et y répond lui-même en disant que son chagrin ressemble aux eaux d’un fleuve printanier qui s’écoule vers l’est, interminables, tumultueuses et toujours en mouvement. Entre la question et la réponse, une émotion abstraite devient une image concrète et perceptible ; une mélancolie infinie se transmet ainsi à travers le courant du fleuve et se perpétue à travers les siècles. La question oratoire « se distingue de la question interrogative ordinaire. La question ordinaire naît d’un doute et est posée dans le but de dissiper ce doute. La question oratoire, en revanche, est posée alors même que l’on connaît la réponse ; son objectif est de renforcer le sens, d’attirer l’attention du lecteur et de l’amener à réfléchir et à ressentir. »11 Comme l’auteur construit intentionnellement la question en fonction de ses besoins expressifs, la réponse qui suit, qu’il s’agisse d’une « réponse à soi-même » ou d’une « question sans réponse », est en réalité déjà évidente. « On pose une question parce qu’on éprouve un doute, puis on dissipe ce doute grâce à la réponse. Il s’agit là de la première fonction de la question oratoire, mais ce n’est pas sa seule fonction ; nous devons également parvenir à faire naître le doute dans l’esprit d’autrui, puis chercher à le résoudre. C’est précisément la fonction de la “question oratoire fondée sur une opinion déjà arrêtée intérieurement”. »12 « Lorsque celui qui pose la question éprouve véritablement un doute intérieur, il cherche à dissiper son propre doute ; lorsqu’il possède déjà une opinion arrêtée, il cherche à dissiper le doute d’autrui. »13 2. La structure formelle de la question oratoire La « question oratoire » explique une émotion ou une idée en adoptant la forme d’une « question suivie d’une réponse à soi-même ». La question rhétorique, quant à elle, est posée afin de stimuler le sens véritable du propos et, que la réponse apparaisse ou non, celle-ci se trouve nécessairement à l’opposé de la question.14 « Outre la question qui présente immédiatement sa propre réponse, c’est-à-dire la question oratoire, il existe également une forme de question qui pose un problème sans fournir de réponse ; pourtant, après réflexion, on découvre que la réponse se trouve à l’opposé de la question et qu’elle est relativement évidente. »15 La question oratoire et la question rhétorique se distinguent de la manière suivante : (1) sur le plan formel, la question oratoire peut prendre la forme d’une question suivie d’une réponse à soi-même, ou d’une question sans réponse dont la réponse se trouve en dehors de la question ; la question rhétorique doit être une question sans réponse, dont la réponse est déjà contenue dans la formulation même ; elle réunit ainsi question et réponse en une seule structure, étant à la fois phrase interrogative et phrase affirmative. (2) La question oratoire n’exprime en elle-même ni affirmation ni négation ; la question rhétorique exprime clairement une affirmation ou une négation. (3) La question rhétorique vise à renforcer le ton et à exprimer une opinion sur un mode catégorique, excluant tout doute ; la question oratoire vise à attirer l’attention et à stimuler la réflexion du lecteur, afin de mieux raconter, expliquer ou démontrer un problème.16 3. Les formes d’expression de la question oratoire « Selon la nature de la question oratoire, on peut distinguer trois catégories : la question oratoire stimulante, la question oratoire emphatique et la question oratoire lyrique. »17 Selon la forme des questions et des réponses, c’est-à-dire selon leur nombre, elles peuvent également être divisées en deux catégories : (1) la forme à question unique, comprenant « une question–une réponse » et « une question–plusieurs réponses » ; (2) la forme à questions successives, comprenant « plusieurs questions–une réponse » et « questions et réponses successives ». (1) Classification selon la nature de la question oratoire 1. La question oratoire stimulante : elle pose une question dans le but de guider et d’éveiller la réflexion ; son rôle principal est d’inciter le lecteur à réfléchir. 2. La question oratoire emphatique : elle met en relief et souligne une question essentielle ; sa fonction principale consiste à insister sur un contenu particulier. 3. La question oratoire lyrique : elle incorpore l’émotion dans la question et sert à exprimer un sentiment particulier au moyen de celle-ci. (2) Classification selon le nombre de questions 1. La forme à question unique (1) Une question–une réponse : après une question, une réponse apportée immédiatement par celui qui l’a posée. Cette forme est la plus courante dans la poésie, notamment dans les quatrains et les poèmes réguliers de cinq ou sept caractères. En raison de la limitation du nombre de vers, lorsque la question oratoire est employée, elle adopte le plus souvent la structure « une question–une réponse ». Ainsi, dans le poème de Zhu Xi de la dynastie Ming, « Impression ressentie en lisant » : « Un petit étang carré, à peine une demi-mou, s’ouvre comme un miroir ; « Ce n’est qu’en considérant le titre du poème que l’on comprend que l’étang-miroir de la première partie n’est qu’un procédé de comparaison. Grâce à cette comparaison, la lecture apparaît comme la source d’eau vive de la cultivation spirituelle de l’être humain ; le sens devient clair. L’emploi de la forme question-réponse rend en outre l’impression particulièrement profonde. »18 Dans la poésie, lorsqu’un poème commence par une question, celle-ci peut immédiatement attirer le regard du lecteur et créer une atmosphère de suspense. Ainsi, le premier vers de Luo Men, dans « Fort McKinley », pose directement la question : « La guerre, assise ici, pleure qui ? », ouvrant ainsi le rideau sur ce poème consacré à la guerre. Luo Fu, « Quatre vers sans titre : X »19 « Me contraindre à me soumettre à l’autorité Tu dis que j’ai peur que l’on frappe à la porte au milieu de la nuit ? Pas du tout, je suis un célibataire de la pensée. » Ces vers constituent un dialogue entre le « je » et le « tu » du poète. La partie correspondant au « tu » est omise ; seul apparaît le « je » sous la forme d’une question rhétorique : « Tu dis que j’ai peur que l’on frappe à la porte au milieu de la nuit ? » Le poète utilise cette question rhétorique pour confirmer le contenu de la question posée par le « tu », puis la réfute au moyen d’une phrase négative : « Pas du tout, je suis un célibataire de la pensée. » Dans les vers poétiques, l’emploi de la question oratoire permet de « se questionner et de se répondre soi-même », renforçant ainsi le ton ; comparée à une narration simplement linéaire, cette forme attire plus facilement l’attention du lecteur. Luo Fu, « Onze poèmes offerts »20 « Pas très grand, mais plus grand que toutes les fenêtres, À voir avec des yeux froids, l’histoire n’est faite que de choses sans rapport. Pourquoi le coin de ta bouche se penche-t-il vers le nord-nord-ouest ? Il dit que c’est précisément l’inclinaison de la Voie lactée. » Dans les deux premiers vers, le poète taquine d’abord son ami. « Pas très grand, mais plus grand que toutes les fenêtres » constitue une « expression contradictoire » destinée à le railler. Le poète poursuit ensuite sur un ton espiègle : « Pourquoi le coin de ta bouche se penche-t-il vers le nord-nord-ouest ? » Son ami lui répond à son tour par une sorte de mouvement de détour : « C’est précisément l’inclinaison de la Voie lactée. » Les deux hommes se questionnent et se répondent ; le poète ne parvient pas à prendre l’avantage et son ami ne se laisse pas non plus provoquer. Au contraire, il détourne habilement l’attaque, préserve la dignité du poète tout en sauvegardant la sienne. (2) Une question–plusieurs réponses : la réponse à la question se déploie dans plusieurs phrases liées entre elles sur le plan du contenu ; ces phrases doivent présenter entre elles une relation de parallélisme et de progression. Zhang Cuo, « Dévotion — Le cœur printanier de Wangdi confié au coucou »21 « Comment arranger ce visage et ce regard Je sais que tu t’es endormie, et la rencontre après avoir aimé ou avant d’aimer elle doit encore attendre ton réveil, après ton bain, et avoir lieu après que tu auras espéré un autre amant. » Face à sa compagne qui s’est éprise d’un autre, elle dort et le poète ne peut lui adresser aucune question. Il ne sait pourtant comment affronter la tristesse et la confusion qui l’envahissent ; il ne peut que s’interroger intérieurement, puis imaginer plusieurs réponses possibles : « la rencontre après avoir aimé ou avant d’aimer doit encore avoir lieu », « elle doit encore attendre ton réveil, après ton bain, et avoir lieu après que tu auras espéré un autre amant ». Une telle réponse doit être à la fois résignée et pénible, n’est-ce pas ? La question oratoire à « une question–plusieurs réponses » permet de proposer diverses réponses possibles, de développer le récit avec aisance et d’exprimer de manière complète la pensée et l’émotion. Yu Guangzhong, « Après cinquante ans »22 « La route est longue, c’est précisément le moment de mesurer la puissance du cheval. Celui qui se proclame vieux cheval ne devrait pas se coucher dans son écurie. Tu me demandes combien de chevaux-vapeur j’ai ? Approche donc ton oreille et écoute le feu ardent dans ma poitrine, écoute le volcan qui brûle sous les sommets enneigés, écoute le moteur à combustion interne qui ronronne sans jamais s’arrêter, une puissance presque impossible à freiner, j’ai parcouru mille lis, et il m’en reste encore quatre cents. » Le poète et son ami, deux « vieux messieurs ayant dépassé la soixantaine », sont en train de se lancer des plaisanteries et de rivaliser pour savoir lequel d’entre eux est encore le vieux cheval « robuste, puissant, économique et peu sujet aux pannes ». L’ami lui demande : « Combien de chevaux-vapeur cette vieille monture peut-elle encore avoir ? » Le poète refuse de s’avouer vaincu et répond immédiatement comme une mitraille de paroles : « Approche ton oreille et écoute le feu ardent dans ma poitrine », « écoute le volcan qui brûle sous les sommets enneigés », « écoute le moteur à combustion interne qui ronronne sans jamais s’arrêter », « une puissance presque impossible à freiner / j’ai parcouru mille lis, et il m’en reste encore quatre cents ». La question oratoire à « une question–plusieurs réponses » permet également de développer pleinement une analyse et une argumentation. La terre — Walis Yakan30 Nos yeux noirs et brillants sont remplis de doutes, quand donc les vêtements et les ornements sont-ils devenus la cible des moqueries de la foule ? Nos mains laborieuses sont remplies de peur, quand donc les moyens de subsistance sont-ils devenus des pièges mortels tissant la mort Nos lèvres étroitement closes sont remplies de terreur, quand donc la langue transmise par nos ancêtres est-elle devenue un dialecte méprisé et considéré comme inférieur ? Trop de doutes, trop de peurs, comment pourrions-nous avoir le cœur Pendant longtemps, notre gouvernement et notre société ont refusé aux peuples autochtones et à ces minorités la justice qui leur était due. Leur langue, leur culture, leurs coutumes et leurs traditions n’ont pas reçu de la société le respect qui leur revenait ; quant à leurs moyens de subsistance et à leurs modes de vie, le gouvernement ne leur a pas apporté en temps voulu l’accompagnement ni l’aide nécessaires. Ce poème reflète la dénonciation par Yakan des traitements inéquitables infligés par la société aux peuples autochtones. À travers une succession de questions, le poète exprime une remise en question aiguë ainsi qu’une protestation douloureuse et profonde. II. La question rhétorique 1. Définition et exemples de la question rhétorique La « question rhétorique », également appelée « interrogation stimulante » ou « interrogation inversée », « est un procédé rhétorique qui, sous la forme d’une question, exprime un contenu de pensée affirmé. »31 Par nature, la « question rhétorique » est également une « question sans véritable doute », une « question posée alors même que l’on connaît la réponse ». « La question rhétorique se distingue de la question interrogative ordinaire. Bien qu’elle comporte elle aussi un ton interrogatif, elle est posée sans véritable doute, alors même que celui qui la pose connaît la réponse, et elle n’exige aucune réponse, car celle-ci se trouve déjà contenue dans la question. »32 « La question rhétorique adopte toujours un ton catégorique et incontestable pour exprimer un contenu déterminé. Elle permet ainsi de souligner et de mettre en relief les éléments essentiels, stimule avec force une réflexion plus approfondie et confère au langage une énergie incisive, ferme et puissante, facilement capable d’émouvoir. »33 Cette forme de question, qui prend la forme d’une interrogation ne nécessitant aucune contestation, apparaît fréquemment dans la poésie classique. Ainsi, dans le poème de Wang Zhihuan de la dynastie Tang, « Chant de Liangzhou » : « Vin de raisin délicieux dans la coupe lumineuse de la nuit, Le dernier vers conclut le poème par une « question rhétorique ». Bien que l’auteur n’en donne pas explicitement la réponse, cela ne signifie nullement qu’il n’y en ait pas. La réponse se trouve à l’opposé de la question : « Depuis l’Antiquité, rares sont ceux qui sont revenus des guerres. » 2. La structure sémantique de la question rhétorique La question rhétorique exprime une signification certaine sous la forme d’une phrase interrogative ; la réponse est déjà éclairée par la phrase elle-même. La question rhétorique est employée lorsque le raisonnement est déjà parfaitement clair et que le bien et le mal, le vrai et le faux, sont nettement discernables, afin précisément de stimuler la réflexion. 3. Les formes d’expression de la question rhétorique Les formes d’expression de la question rhétorique peuvent être classées de la manière suivante : (1) selon la forme de la phrase, on distingue 1. la question rhétorique fermée, 2. la question rhétorique à détermination précise, 3. la question rhétorique à choix, 4. la question rhétorique affirmative-négative.34 (2) Selon la forme de la réponse, on distingue 1. la forme négative exprimant une affirmation ; 2. la forme affirmative exprimant une négation.35 (1) Selon la forme de la phrase 1. La question rhétorique fermée Elle expose entièrement une situation et permet en apparence une réponse affirmative ou négative. Luo Fu, « L’Épée de la grande vacuité »36 « Mille ans de fer glacé ont forgé Le froid de la lame est-il dû à la chaleur du sang ? Ils s’enlacent avec indifférence, Le poète pose ici une « question rhétorique fermée » : « Le froid de la lame est-il dû à la chaleur du sang ? » Il s’agit à la fois d’une opposition entre « le froid et le chaud » et d’un enchevêtrement entre « l’objet extérieur et le cœur intérieur ». En réalité, le poète possède déjà sa propre conviction ; s’il recourt à cette question rhétorique, c’est uniquement pour affermir sa croyance. Wu Sheng, « Nuit froide »37 « Ne sais-tu donc pas que, sous la lampe solitaire, ne sont-ils pas les plus vaines et les plus absurdes des actions ? Ne sais-tu pas que les vers simples et ordinaires de papa sont nés de tant d’angoisses et de souffrances endurées et forgées au fil des épreuves ? » Le père pose des questions rhétoriques à son fils et n’attend pas que celui-ci lui réponde, car il possède déjà ses propres réponses. Ses questions visent à faire comprendre à son fils que ses méditations douloureuses et ses murmures solitaires sont tous nés de la souffrance et de l’angoisse, dans l’espoir que son fils puisse comprendre les efforts et les intentions profondes qui l’animent lorsqu’il se consacre à la création de poésie moderne. 2. La question rhétorique à détermination précise Elle utilise des interrogatifs tels que « qui », « combien », « quand », « pourquoi », « combien » dans une question rhétorique. Luo Fu, « Nu, je me jette dans le feu / Pour toi, je brasse un parfum de neige sur dix lis »38 « Pourquoi aimes-tu donc tellement le feu ? Tu fronces les sourcils, te questionnes toi-même, brasser du vin n’est-ce pas une sorte de cérémonie Et qui donc pourrait-on blâmer « Pourquoi aimes-tu donc tellement le feu ? » est une « question rhétorique à détermination précise ». Parmi les deux questions suivantes, « Brasser du vin n’est-ce pas une sorte de cérémonie pour les funérailles du blé ? » est une « question rhétorique fermée », tandis que « Et qui donc pourrait-on blâmer pour avoir provoqué une telle fin ? » constitue à nouveau une « question rhétorique à détermination précise ». La réponse doit nécessairement désigner « précisément » celui qui est ce « qui », c’est-à-dire « telle ou telle personne ». Les trois questions que le poète se pose à lui-même prennent des formes différentes et appellent également des réponses différentes. Le protagoniste se questionne sans cesse et se répond à lui-même, ce qui ne sert qu’à exprimer son trouble intérieur et son inquiétude. Luo Fu, « L’Éventail »39 « À cet instant, tu te retournes et demandes : Qui sont, dans le grand incendie de la Falaise Rouge, ces cendres ? » « Qui sont, dans le grand incendie de la Falaise Rouge / ces cendres ? » est une « question rhétorique à détermination précise ». Il faut répondre concrètement qu’une certaine personne a péri dans le grand incendie de la Falaise Rouge ; la réponse doit désigner précisément cette personne. 3. La question rhétorique à choix Elle propose plusieurs réponses possibles qui semblent offertes au choix. Ce type de question rhétorique adopte souvent des structures telles que « est-ce… ou est-ce… », « est-ce… ou bien… », « laquelle de ces possibilités… ». Zhang Cuo, « Réincarnation »40 « Si notre rencontre cette fois-ci n’est pas la cause première, alors notre séparation, quelle sorte de résultat est-elle ? Se pourrait-il que tout ce qui arrive « Alors notre séparation, quelle sorte de résultat est-elle ? » est une « question rhétorique à choix » : la réponse peut être choisie parmi plusieurs possibilités. « Se pourrait-il que tout ce qui arrive soit une causalité cyclique ? » est en revanche une « question rhétorique fermée », dont la réponse ne peut être que « oui » ou « non ». Jiang Xun, « Lettre à Li Shuangze »41 « Regardez les dames élégantes des premier et deuxième rangs discuter de l’année trente-quatre de la République de Chine, de la première pièce chantée par Mei Lanfang : était-ce La Concubine impériale ivre ? Dans ces vers, « était-ce La Concubine impériale ivre ? Ou bien Adieu ma concubine ? » constitue une « question rhétorique à choix ». La réponse, si elle n’est pas la première possibilité, doit être la seconde. Ces vers décrivent la vie nocturne de Taipei dans les années 1960 et 1970 : des dames de la haute société assistent à des représentations théâtrales et discutent entre elles de sujets mondains et frivoles, révélant ainsi l’existence privilégiée et opulente de la classe supérieure, plongée dans le luxe et les plaisirs. 4. La question rhétorique affirmative-négative Elle se construit au moyen de formes affirmatives et négatives, telles que « est-ce possible ou non ? », « est-ce bien ou non ? », « y a-t-il ou n’y a-t-il pas ? ». Wu Sheng, « Conflit »42 « Lorsque, d’un ton sévère, tu réprimandes bruyamment tes frères, as-tu déjà sincèrement examiné ta propre conduite pour voir si tu n’as pas commis les mêmes erreurs ? Penses-tu qu’en criant quelques belles paroles tu puisses dissimuler tes propres fautes ? » Les deux phrases interrogatives ci-dessus sont des « questions rhétoriques affirmatives-négatives ». Elles n’admettent que deux types de réponses : « oui ou non », « pouvoir ou ne pas pouvoir ». Il s’agit des reproches qu’un père adresse à ses fils au sujet de leurs disputes. Par l’emploi de questions rhétoriques fermées, il veut les amener à réfléchir et à examiner leurs propres fautes. (2) Selon la forme de la réponse 1. Une forme négative exprimant une affirmation « Depuis l’Antiquité, qui donc parmi les hommes n’est pas mort ? Ce poème de Wen Tianxiang de la dynastie Song, « En passant par Lingdingyang », constitue un exemple de « question négative à réponse affirmative ». La question rhétorique négative appelle comme véritable réponse l’affirmation positive : « Je ne laisserai que mon cœur fidèle illuminer l’histoire. » Luo Fu, « Surprise »43 « Pouvons-nous dire que la mort n’est pas une chose pure ? Une paire de bas, la langue tendue l’année dernière est encore suspendue aujourd’hui à la corde à linge. » Il s’agit d’une « question négative à réponse affirmative ». Par une question formulée négativement, le poète cherche à obtenir l’adhésion affirmative du lecteur. Ce type de question fait souvent appel aux conceptions morales et aux jugements de valeur du lecteur afin de souligner la justesse de la conception défendue par celui qui interroge ; en réalité, le poète possède depuis longtemps la réponse dans son esprit. 2. Une forme affirmative exprimant une négation « Des pages entières de paroles absurdes, une poignée de larmes amères ; Dans Le Rêve dans le pavillon rouge de Cao Xueqin, il s’agit d’une « question affirmative à réponse négative ». La question est formulée positivement, mais la véritable réponse est : « Personne ne peut comprendre la saveur de son cœur. » Chen Li, « Lire Huang Tingjian à la fin du siècle »44 « Transformer les pièces en or, les grandes pancartes ont effrayé et fait reculer les consommateurs traditionnels. Ils disent que la poésie pourrait-elle donc être une alchimie ou une opération chirurgicale ? » La majorité des lecteurs aux conceptions conservatrices éprouve toujours des réserves face aux courants de pensée plus « avant-gardistes ». Dans le dernier vers, « la poésie / pourrait-elle donc être une alchimie ou une opération chirurgicale ? », les lecteurs de poésie expriment, sous la forme d’une « question affirmative à réponse négative », c’est-à-dire « une formulation affirmative exprimant une négation », leurs doutes et leur attitude négative à l’égard des courants avant-gardistes et du procédé consistant à « changer l’ossature et déplacer l’âme ». Lin Leng, « Le Mur crénelé »45 « La deuxième fois, je ne rêvais déjà plus de l’immensité. Les mains derrière le dos, j’allais et venais d’un bout à l’autre. Je me demandais : une corde aussi fine peut-elle attacher toute une ville ? » « Une corde aussi fine peut-elle attacher toute une ville ? » La réponse va de soi : elle est évidemment négative. Il s’agit d’une « question affirmative à réponse négative » : une question formulée affirmativement pour exprimer une idée négative. Ce type de question vise à manifester une « attitude négative » qui, en réalité, ne prête guère à controverse ; le recours à la forme interrogative sert simplement à confirmer davantage cette attitude négative. 【Notes】 (1) Dong Jitang, Analyse et étude de la rhétorique, Taipei : Éditions Wen Shizhe, 1992, p. 107. (2) Liu Huanhui, Précis de rhétorique, Nanchang : Baihuazhou Wenyi, 1991, p. 393. (3) Cheng Weijun et deux autres auteurs, sous la direction de, Encyclopédie de la rhétorique, Pékin : Zhongguo Qingnian, 1991, p. 726. (4) Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 182. (5) Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 183. (6) Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 47. (7) Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 173. (8) Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 64. (9) Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 51. (10) Shen Qian, Rhétorique, vol. I, Taipei : Université nationale ouverte, 1991, p. 370. (11) Yang Chunlin et Liu Fan, sous la direction de, Grand dictionnaire de l’art rhétorique de la langue chinoise, Xi’an : Shaanxi Renmin, 1991, p. 767. (12) Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 49. (13) Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 50. (14) Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 179-180. (15) Dong Jitang, Analyse et étude de la rhétorique, Taipei : Wen Shizhe, 1992, p. 113. (16) Cheng Weijun et deux autres auteurs, sous la direction de, (1991), Encyclopédie de la rhétorique, Pékin : Zhongguo Qingnian, p. 875. (17) Cheng Weijun et deux autres auteurs, sous la direction de, (1991), Encyclopédie de la rhétorique, Pékin : Zhongguo Qingnian, p. 707. (18) Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 173. (19) Extrait de Luo Fu, Diagrammes du rêve, Taipei : Shulin, 1999, p. 115. (20) Extrait de Luo Fu, Diagrammes du rêve, Taipei : Shulin, 1999, p. 123. (21) Extrait de Zhang Cuo, Quatorze sonnets de l’erreur, Taipei : Shibao Wenhua, 1981, p. 31-34. (22) Extrait de Yu Guangzhong, Anthologie poétique de Yu Guangzhong, volume I : 1949-1981, Taipei : Hongfan, 1981, p. 342-343. (23) Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 176. (24) Extrait de Yu Guangzhong, Anthologie poétique de Yu Guangzhong, volume I : 1949-1981, Taipei : Hongfan, 1981, p. 228-230. (25) Extrait de Chen Jiadai, L’Âme de la ville, Taipei : Shulin, 1991, p. 55-57. (26) Extrait de Walis Yukan, La montagne est une école, Centre culturel du comté de Taichung, 1994, p. 52-53. (27) Extrait de Zhou Mengdie, Anthologie poétique du siècle de Zhou Mengdie, Taipei : Jiuge, 2002, p. 34-35. (28) Yang Chunlin et Liu Fan, sous la direction de, Grand dictionnaire de l’art rhétorique de la langue chinoise, Xi’an : Shaanxi Renmin, 1991, p. 767. (29) Extrait de Zhang Cuo, Quatorze sonnets de l’erreur, Taipei : Shibao Wenhua, 1981, p. 12-20. (30) Extrait de Walis Yukan, Revenir sur les traces d’Inez, Taichung : Morning Star, 1999, p. 44-49. (31) Yang Chunlin et Liu Fan, sous la direction de, Grand dictionnaire de l’art rhétorique de la langue chinoise, Xi’an : Shaanxi Renmin, 1991, p. 753. (32) Yang Chunlin et Liu Fan, sous la direction de, Grand dictionnaire de l’art rhétorique de la langue chinoise, Xi’an : Shaanxi Renmin, 1991, p. 753. (33) Cheng Weijun et deux autres auteurs, sous la direction de, Encyclopédie de la rhétorique, Pékin : Zhongguo Qingnian, 1991, p. 873. (34) Lu Jiaxiang et Chi Taining, sous la direction de, Dictionnaire explicatif des procédés rhétoriques, Hangzhou : Zhejiang Education, 1990, p. 74. (35) Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 180-181. (36) Extrait de Diagrammes du rêve, Taipei : Shulin, 1999, p. 31-33. (37) Extrait de Recueil de poèmes de Wu Sheng, Taipei : Hongfan, 2000, p. 161-163. (38) Extrait de Luo Fu, Poèmes à thème caché, Taipei : Erya, 1993, p. 61-63. (39) Extrait de Luo Fu, Diagrammes du rêve, Taipei : Shulin, 1999, p. 99-100. (40) Extrait de Zhang Cuo, Le Vagabond, Taipei : Erya, 1986, p. 9-12. (41) Extrait de Jiang Xun, Les montagnes et les rivières devant les yeux sont déjà comme un tableau, Taipei : Lianhe Wenxue, 2000, p. 52-61. (42) Extrait de Recueil de poèmes de Wu Sheng, Taipei : Kaituo, 1994, p. 208-211. (43) Extrait de Luo Fu, Diagrammes du rêve, Taipei : Shulin, 1999, p. 43. (44) Extrait de Sélection de poèmes de Chen Li, Taipei : Jiuge, 2001, p. 332-334. (45) Extrait de Lin Ling, Recueil de poèmes de Lin Ling, Taipei : Hongfan, 1982, p. 35-36. |
|
| ( 創作|文學賞析 ) |













